Curieuse mémoire

De nombreux Anglais sont surpris de débarquer en France et de voir les rues, les places, les gares porter des noms de défaites, Austerlitz, Wagram, Pyramides, Arcole ou Valmy alors que chez eux les places et les gares portent des noms de victoires, Waterloo Station, Trafalgar Square. Et d'ailleurs, c'est très curieusement le sentiment inverse qu'éprouvent les Français en arrivant à Londres.

Que l'on aime ou pas, les peuples ont besoin de mémoire et de symboles pour jalonner leur route et marquer leur identité. C'est pourquoi dans toutes les villes et villages de tous les pays du monde se trouvent des lieux publics portant les noms de héros ou d'événements marquant positivement la culture collective de ce peuple précisément.

Ces mêmes héros, ces mêmes événements seront sources de cauchemar, de révolte, voire de haine pour d'autres peuples. On imagine un proche d'une victime du World Trade Center passant devant une plaque à la gloire d'Oussama ben Laden quelque part au Pakistan.

Au Québec ou plutôt au Canada, sur les plaines d'Abraham, terrain fédéral, la petite rue, en fait une impasse — est-ce un signe? — allant de Grande Allée au monument de Wolfe s'appelle rue Wolfe/Montcalm. Nulle part au monde un tel anachronisme ne serait possible. Aucune rue Churchill/Hitler, à Manchester ou à Cologne, pas de place Mao Zedong/Tchank Kai Chek, à Beijin ou à Taïpe, pas de boulevard Lee/Grant à Altanta, à Gettysburg ou Chicago, aucune trace de compromission historique Castro/Battista, à la Havane. Les Anglais ont vaincu les Français, c'est ça l'histoire, c'est ça la mémoire. La paix, le calme, l'unité, c'est après, dans une autre dimension.

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