La puissance des mots

En 1963, le pasteur Martin Luther King avait prononcé à Washington son discours le plus célèbre: I have a dream. L'année suivante, il recevait, à 35 ans, le prix Nobel de la paix. Celui qu'on a appelé le «Moïse noir» traçait la voie à des millions de ses compatriotes qui chantaient depuis des siècles les negro spirituals. Ses mots, brûlés de l'intérieur, retentirent encore plus fort après sa mort tragique. L'Histoire lui donna raison.

Qui aurait pu prédire qu'au même endroit et en quelques décennies, un Afro-Américain prêterait serment pour devenir président des États-Unis? Il y a de ces rendez-vous avec l'Histoire qu'on espère et qui finalement se réalisent. Barack Obama partage avec le pasteur King l'art oratoire, une vision, une foi en Dieu et en l'homme. Ses paroles jaillissent du coeur et suscitent l'espoir. Que deviendrait un peuple sans espérance? L'avenir nous dira s'il aura marqué la Maison-Blanche et le monde.

En voyant Obama prêter serment sur la Bible qu'utilisa Abraham Lincoln, un nouveau style était donné. C'est ce qui m'a frappé en ce 20 janvier: un ton simple et profond, vivant et sobre, qui coule de source. Son discours d'inauguration était une pièce d'anthologie. J'en dégage deux mots: espoir et responsabilité. Je retiens aussi les prières pour la paix du début et de la fin, la place faite à la musique et à la poésie. C'était seulement la quatrième fois qu'on invitait un poète à une cérémonie d'inauguration. Le poème d'Elisabeth Alexander montra une fois de plus que la puissance des mots est plus forte que celle des bombes.

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