Dieudonné et l'essentielle liberté d'expression

Récemment, le soi-disant humoriste Dieudonné a invité sur la scène, pendant un spectacle, le fameux Robert Faurisson, ce professeur de lettres considéré comme révisionniste ou négationniste de l'histoire de l'Holocauste. Faurisson a été condamné par la justice française pour avoir minimisé le massacre des juifs pendant la guerre de 39-45 (et avant). À cette époque, l'intellectuel états-unien Noam Chomsky était intervenu dans le débat. Il avait condamné vigoureusement les idées de Faurisson tout en défendant son droit de les formuler, tout en insistant sur le fait essentiel que ni l'État ni les tribunaux ne doivent déterminer quelle est la vérité historique.

Je déteste profondément l'humour présumé qui est celui de Dieudonné. Et je trouve sottes, stupides et difficilement défendables les thèses du professeur Faurisson. À l'instar de Chomsky et de nombreux penseurs, je pense que l'humour raciste et débile doit être condamné, mais comme lui, je refuse aussi radicalement de voir judiciariser les diverses expressions qui vont à l'encontre de la prétendue vérité officielle. Pour le meilleur et pour le pire, l'histoire sera toujours un champ de bataille qui verra s'entrechoquer de nombreuses «vérités» et de nombreux débats.

Même si la plupart des humoristes ne me font pas rire, je suis du côté de ceux qui défendent, malgré toutes les turpitudes, médiocrités et sottises, le droit des humoristes de s'exprimer. Je suis de ceux qui pensent que la liberté d'expression comprend le droit de dire des sottises ou des «conneries». Elle se doit d'être radicale, sinon elle n'existe pas. Quant à ceux qui utilisent la liberté d'expression pour dire des âneries, ils doivent en assumer les conséquences.

À voir en vidéo