Hommage à Gaston Laurion

Gaston Laurion est parti sans crier gare pour son dernier voyage. Je serais tenté de le morigéner d'avoir pris congé de ses amis sans laisser un mot sur sa carte de visite.

Nous étions liés comme des premiers de cordée dans une entreprise qui a quelquefois lassé mes forces, mais jamais les siennes: la défense et l'illustration de la langue française, dont on a dit qu'elle était «une souveraine assise sur le trône des mots qui ne rend pas justice, mais la justesse». Bretteur infatigable, sabre au clair, il apostrophait naguère de verte façon la radio canadienne:

«C'est la deuxième fois ce matin qu'à Radio-Canada, j'entends l'expression "des élèves de langue francophone". Or, comme cette langue n'existe tout simplement pas, il faut sans doute soupçonner qu'il s'agit bien en réalité de la langue française, qui, elle, existe, ici et dans les quelque soixante pays de la francophonie. Le mot "français" serait-il donc devenu à ce point tabou que l'on ne craigne pas de dire une absurdité pour l'éviter?»

Il y a, dans cette objurgation à l'emporte-pièce, du Gaston Laurion à son meilleur. Féru de lettres françaises et québécoises, professeur émérite, titulaire d'icelles à l'Université Condordia, je devine l'espoir secret qu'il entretint lorsque, en 1987, il traduisit le livre de George Grant, Lament for a nation, sous le titre Est-ce la fin du Canada?

Il restera une poignée de vieux grognards pour continuer la lutte et éviter que la langue de nos pères ne s'enfonce dans les marais accommodants de l'interculturalisme ou autres niaiseries de même farine. En nourrissant l'espoir célébré par La Marseillaise «que des générations nouvelles entreront dans la carrière quand les aînés n'y seront plus». De sorte que, selon tes voeux, après quatre siècles d'enracinement et d'endurance, la patrie du Québec contribue comme nation souveraine à la jeunesse et la richesse du monde.

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