Dépasser le biologique

L'analyse de Cyrille Barrette sur la surpopulation ignore que les comportements humains ne sont ni stables dans le temps ni fortement déterminés génétiquement, tout particulièrement en matière de reproduction. Cela vaut aussi pour les pauvres, qui ne sont pas une espèce biologiquement distincte de «la nôtre» (celle des riches).

Après avoir constaté que le taux annuel de reproduction de la population mondiale est passé de 2,1 % à 1,1 % entre 1970 et 2005, l'auteur semble tenir pour acquis que cette réduction serait entièrement due aux riches. En effet, son constat sur la réalité actuelle semble implacable: «La réalité brutale est que les pauvres font de plus en plus de pauvres.» De toute évidence, c'est faux, puisque les taux de natalité sont en baisse dans toutes les régions du monde. Et si les gens des pays pauvres réduisent moins rapidement leur taux de natalité, c'est principalement dû à l'absence de programmes de sécurité sociale leur garantissant une survie décente durant la vieillesse. [...]

En prédisant qu'une population humaine stabilisée autour de neuf milliards en 2050 compterait «1000 millions de pauvres de plus», il raisonne comme si nos systèmes sociaux, y compris à l'échelle mondialisée, étaient une constante et comme si les pauvres ne pouvaient engendrer que des pauvres, à l'instar des lapins qui ne peuvent engendrer que des lapins.

La prise de conscience que l'auteur nous incite à faire, dans la foulée de Malthus ou de Hardin, garde toute sa pertinence, mais elle aurait avantage à intégrer un peu mieux les connaissances des sciences de la société plutôt que s'en tenir à un cadre d'analyse biologique. Ce qui permettrait aussi de pouvoir au moins imaginer certaines pistes de solutions aux problèmes mis au jour.

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