Nationalisme démagogique

Dans sa lettre du 3 décembre, Mathieu Bock-Côté démontre un navrant manque de réalisme. Pour notre doctorant, le soutien du Bloc à un gouvernement de coalition (qu'il assimile de surcroît à rien de moins qu'un coup d'État) serait l'équivalent d'une capitulation sans condition à un fédéralisme centralisateur. Ouf! N'en jetez pas plus, la cour est pleine. Doit-on lui rappeler que la crise économique n'est pas une vue de l'esprit? Que des milliers d'emplois ont déjà été perdus, et que oui, dans le cadre fédéral actuel, beaucoup des leviers économiques restent à Ottawa. Leviers que le gouvernement minoritaire conservateur refusait d'utiliser.

L'urgence d'agir sur ce plan n'est pas factice et il est tout à l'honneur du Bloc d'avoir pris ses responsabilités et fait les compromis nécessaires pour que les effets de la crise soient le plus atténués possible au Québec, par des améliorations concrètes au programme d'assurance-emploi, par le maintien des paiements de péréquation, des investissements en infrastructures, etc.

Ce qui est encore plus préoccupant dans les propos de Bock-Côté, c'est la nonchalance volontaire avec laquelle il traite l'agenda conservateur. À ses yeux, une alliance «de raison» avec ceux-ci serait en effet plus méritoire pour le Bloc. On croit rêver! Depuis qu'ils sont au pouvoir, les conservateurs n'ont eu de cesse que de reproduire le plan de match de la droite républicaine.

En ce sens, Gilles Duceppe avait pleinement raison de déclarer que la vision politique réactionnaire des conservateurs, dont l'énoncé de la semaine dernière est un spectaculaire exemple, est aux antipodes des valeurs québécoises.

Les propos de Bock-Côté sont révélateurs de la façon de penser d'une frange du mouvement nationaliste qui serait ouverte à une alliance «de raison» avec la droite réformiste canadienne en autant qu'on puisse aller chercher un pouvoir ou deux à Ottawa. Une vision «duplessiste» assez désespérante qui, si jamais elle devait devenir dominante, condamnerait le nationalisme québécois à une impasse.

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