On nous ment encore

Au lendemain du grand rassemblement contre les coupes de 45 millions de dollars en culture effectuées par le gouvernement conservateur, tenu à Montréal le 27 août dernier, les ministres d'alors, Josée Verner, au Patrimoine canadien, David Emerson, aux Affaires étrangères et Commerce international, et Michael Fortier, responsable du Grand Montréal, ont répété à l'envi que celles-ci procédaient d'une simple révision de routine, à laquelle tous les programmes sont périodiquement assujettis.

Devant le tollé suscité et le rappel que l'étude à laquelle les conservateurs eux-mêmes avaient soumis le programme Promart des Affaires étrangères, en janvier 2006, concluait que celui-ci atteignait ses objectifs mais que l'insuffisance des fonds alloués constituait le problème principal, les ténors du gouvernement Harper ont promis qu'un programme, bonifié, lui succéderait. Le chef du Bloc québécois répétait de son côté que ces coupures catastrophiques pour les milieux culturels résultaient essentiellement d'une position idéologique des Conservateurs, qu'il fréquentait au quotidien, et réclamait sur toutes les tribunes la remise en vigueur immédiate des programmes. La semaine dernière, le nouveau titulaire du Patrimoine canadien, James Moore, déclarait sans autres explications que les programmes abolis ne seraient pas remplacés. Ceux qui ont l'âge de s'en souvenir croiraient (ré)entendre, par suite d'un télescopage dans le temps et des partis, le fameux «Qu'y mangent donc d'la m...» de Pierre Elliott Trudeau à l'endroit des camionneurs de Lapalme, en 1970, privés de contrat par le fédéral. En somme, les Conservateurs n'ont jamais eu l'intention de bonifier les programmes de soutien à la culture et sa diffusion hors frontières et ont menti sans vergogne, deux mois durant, jusqu'à la prise du pouvoir, heureusement minoritaire dans les circonstances, avec l'espoir que le dossier sombrerait dans l'oubli. Au lendemain de la crise politique déclenchée par l'énoncé économique, le ministre des Finances et le premier ministre demandent un sursis en promettant de revoir celui-ci, ce qui supposerait qu'ils puissent adopter sur ces questions fondamentales un changement de cap idéologique dont, pour ma part, je les crois totalement incapables. Je crois plutôt qu'on nous ment. Encore.

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