Les malaises de notre démocratie

Je suis née dans un pays totalitaire (l'actuelle République tchèque). Enfant, j'observais mes parents voter à main levée pour l'unique candidat du Parti communiste pendant que j'entonnais des chants patriotiques avec mes camarades. C'était pénible, et pas seulement parce que je chantais mal. Cette expérience m'a amenée à apprécier la démocratie et à me préoccuper de sa santé. Or, j'estime que la démocratie au Québec et au Canada est en danger, parce que les électeurs sont affligés de plusieurs maux.

1) L'électeur au vote perdu. Celui qui vote selon son véritable choix, pour un candidat du Parti vert ou de Québec solidaire, verra régulièrement son vote gaspillé compte tenu du scrutin majoritaire par circonscription. Ainsi, le Parti vert, qui a récolté 6,7 % des votes aux récentes élections fédérales et qui devrait donc occuper au moins 10 sièges au Parlement, n'en a obtenu aucun. Le remède: introduire un élément de la proportionnalité dans le système électoral pour refléter davantage le choix de la population.

2) L'électeur-stratège. Au lieu de voter pour le candidat de son choix, cet électeur optera pour celui qui le plus de chance de «barrer la route» à un candidat indésirable. Les partis politiques ne se gênent pas de convier l'électeur à ce vote «stratégique», qui nourrit le cynisme des citoyens. Le remède: ne pas écouter les sirènes du vote stratégique et voter selon ses convictions. Toutefois, pour que cette attitude soit récompensée, la proportionnelle est nécessaire.

3) L'électeur trahi. Celui qui a voté pour l'ADQ dans Iberville en 2007 s'est retrouvé en 2008 avec un député libéral. Non seulement les partis acceptent sans sourciller ce déni du choix populaire, mais l'encouragent en faisant du maraudage. Le remède: le député déçu de sa formation politique doit démissionner pour se représenter devant son électorat sous la nouvelle bannière au scrutin suivant.

4) L'électeur trop sollicité. Les partis manipulent les dates d'élections selon les sondages et la conjoncture à court terme afin de déclencher les élections «au moment opportun». Opportun pour les politiciens, évidemment. Deux fois cette année nous avons eu droit à ce «tordage de bras». Le remède: les élections à date fixe.

Avant que les citoyens ne soient complètement dégoûtés de la politique et que le vote ne devienne l'exercice de seulement quelques-uns, les politiciens devraient se préoccuper du bon fonctionnement de notre démocratie. La réforme du scrutin a déjà trop tardé, causant des dommages, réparables, espère-t-on, à notre conception de la démocratie et à son élément-clé, les élections.

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