Combien d'enlèvements?

Jusqu'à samedi, j'étais en faveur de la présence canadienne en Afghanistan pour plusieurs raisons qu'il n'est plus nécessaire d'exposer aujourd'hui. Je considérais être bien informé sur la question et en savoir assez pour conclure au bien-fondé de notre présence là-bas. Mais plus maintenant.

Je sais que Mme Mélissa Fung a été enlevée dès le 12 octobre, mais que je ne l'ai su que samedi dernier. Entre les deux, mon pays était en élection. D'une part, je croyais que mon pays, démocratique, devait me permettre d'avoir accès aux faits importants, d'autre part, je m'attendais à ce que les médias ne me cachent pas des faits importants, surtout en période électorale.

Aujourd'hui, je suis donc en colère: un premier ministre, qui cherchait l'appui de l'électorat, a sciemment caché un événement crucial lorsqu'est venu le moment de rechercher l'appui électoral. Pire, les médias ont volontairement décidé de ne pas transmettre, malgré leurs obligations, une information que j'avais le droit de connaître, que je devais connaître parce que mon vote peut contribuer à décider de la mort et de la vie de mes concitoyens dans un lointain pays. La démocratie se construit sur la confiance que l'on peut porter aux institutions, gouvernement et médias inclus, et encore davantage en période électorale.

On me dit que l'on ne m'a pas informé pour la sécurité de Mme Fung. Cet argument ne tient pas. Les médias ne l'ont jamais soulevé dans d'autres prises d'otages. Une terrible question me hante depuis samedi: combien de soldats, de journalistes et de travailleurs humanitaires sont otages en Afghanistan? Le drame, c'est que je sais maintenant que je ne peux plus croire le gouvernement et les médias lorsqu'ils répondront à cette question.