Obama l'orateur

Il faut analyser le discours de victoire d'Obama pour en mesurer la force. Obama a attribué la victoire au peuple. Jamais, il n'a parlé de sa victoire à lui. Dès sa première phrase, il a dit: «Vous, vous avez gagné.» Et puis, il est passé au Nous. «Nous avons donné la preuve que Nous, Américains, vous et moi avec vous, nous étions un peuple vivant, un peuple du XXIe siècle.»

Ce faisant, les phrases qui sortaient de sa bouche se répercutaient dans le peuple de Chicago, comme des paroles que le monde ordinaire d'eux-mêmes. Ils approuvaient de la tête, ils scandaient les mots, ils les reflétaient dans leurs yeux, ils les appuyaient de leurs mains sur leur visage.

Et les mots que disait le peuple à même les mots d'Obama étaient chargés d'une puissance inouïe, qui surgissait des temps anciens et qui explosaient, étrangement, dans notre siècle. La foi (le «yes we can» est revenu 12 fois), l'espérance (le hope a été prononcé 7 fois) et la charité («we're not enemies, we're friends», il n'y a plus de red states contre les blue states, «we are the United States of America»). Les trois vertus cardinales du christianisme qui ont scandé nos vies pendant des siècles.

Et quand, vers la fin de son discours, Obama a égrené ses 12 Yes we can qui terminaient ses phrases, le peuple a pris la parole, sa parole à lui, le peuple, sa parole qu'Obama n'a eu de cesse d'aller réveiller, depuis 22 mois. Le peuple a répété, comme une incantation, comme dans les gospels des Noirs, comme dans les litanies de nos ancêtres, doucement, amoureusement, religieusement. Yes we can.