Un économisme étroit peut cacher la forêt politique

En temps de crise économique, notre premier ministre sortant peut prétendre que ce sujet est prépondérant pour la population. Je serais heureux de savoir quand, selon lui, il faudrait parler d'autre chose que d'économie? De mon point de vue, l'actuel chef du Parti libéral du Québec a été confortablement installé à ce poste pour mettre en valeur le seul point de vue économique. Pour moi, il existe une différence majeure entre le sujet de l'économie et le «point de vue économique».

Je suis d'avis que, pour un politicien et pour tous ceux qui songent à le devenir, c'est le point de vue politique qui doit être au sommet de leurs priorités. Un politicien est élu pour être politicien et mettre à l'avant-plan l'intérêt public relatif au bien commun, et non pas pour faire la promotion des intérêts strictement économiques, très souvent plus proches du secteur privé que de l'intérêt public. À moins de se faire l'entremetteur de ceux qui souhaitent, par intérêt, des profits maximum et une taxation «infinimum», le politicien doit se préoccuper prioritairement de politique. Quand les politiciens ne cessent de se préoccuper d'économie, ils se font les promoteurs «du point de vue» économique sur la société, ce qui pour moi devient une maladie nommée l'«économisme».

D'autant que les médias privés, principaux entremetteurs entre les politiciens et les citoyens qui les élisent, sont ici, au Québec, détenus par des propriétaires dont la seule priorité quotidienne est leur prospérité personnelle et celle de leurs actionnaires. Il est alors très large et bien pavé, le chemin qui incite le politicien accordant la priorité à l'économie à faire la promotion des intérêts économiques privés.

Quand un politicien se fait l'ardent promoteur du point de vue économique, il néglige du même coup le point de vue politique, qui consiste par exemple à promouvoir de meilleurs services publics comme la santé de la population et son éducation libre et gratuite.

Ce qui illustre bien cette priorité accordée à l'économie, privée en l'occurrence, c'est que notre gouvernement sortant a donné littéralement sur un plateau d'argent l'érection, la mise sur pied et l'exploitation des éoliennes partout au Québec.

L'économie, oui, mais l'économisme, il faut grandement y prendre garde.