Le droit à l'intolérance

Samedi dernier, le Téléjournal (Radio-Canada) rapportait que quelque mille parents étaient descendus dans la rue pour réclamer du gouvernement (ministère de l'Éducation) le droit de pouvoir exempter leurs enfants du cours d'éthique et de culture religieuse en vigueur depuis septembre dernier dans les écoles primaires publiques et privées du Québec. «Non à la religion d'État», pouvait-on lire sur une des pancartes portées par un enfant.

Appuyés discrètement par Marc Ouellet, lui-même contesté par l'assemblée des évêques, ces parents, jusqu'ici minoritaires, refusent que leur religion soit définie et expliquée à leurs enfants dans le cadre d'un programme de connaissances visant à développer l'esprit de tolérance religieuse chez tous les élèves du primaire. À leurs yeux, l'État dépasse son mandat d'instruire et d'éduquer en incluant un tel programme dans la formation scolaire du primaire.

Jean Charest songe à déclencher des élections automnales. La ministre Courchesne saura-t-elle résister à ce groupe de pression? On doit l'espérer. Permettre à des ultracatholiques de mettre en échec le rôle de l'État en éducation, c'est risquer qu'ils s'attaquent ensuite aux programmes de sciences sous prétexte qu'ils remettent en question les affirmations gratuites de la Bible, que ces croyants considèrent comme étant la seule vérité. (Des catholiques des États-Unis réclament que l'école publique que fréquentent leurs enfants enseigne le créationnisme!) C'est aussi ouvrir la porte à la «laïcité ouverte» prônée par le catholique président Sarkozy, pourtant deux fois divorcé. Ce que réclament fondamentalement ces parents, c'est le droit à l'intolérance pour tout ce qui n'est pas leur religion.

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