Rebloquer le Québec

Voilà, la campagne électorale fédérale est lancée. L'enjeu pour les Canadiens, selon Stephen Harper, c'est de réélire un gouvernement conservateur minoritaire, expérimenté et doté d'un leadership efficace plutôt qu'un gouvernement minoritaire libéral au leadership défaillant et aux idées imprudentes. Effectivement, les Canadiens autant que les Québécois, les sondages le démontrent, hésiteront avant d'accorder leur confiance à Stéphane Dion. Cette absence de solution de remplacement est la raison pour laquelle Gilles Duceppe craint avec raison l'élection d'un gouvernement majoritaire conservateur qui risque d'imposer son idéologie de droite et provoquer au Québec un recul important sur le plan social, économique et culturel. Pour contrer cette menace, il faut, selon lui, voter massivement pour le Bloc.

Et pour y arriver, croit-il (et il a raison), il faut éviter que des votes se perdent chez les libéraux et les néo-démocrates. Mais Gilles Duceppe n'a que 38 jours pour canaliser ces votes vers le Bloc. Faire peur et viser l'opposition ne sera pas suffisant pour convaincre les libéraux et les néo-démocrates à voter pour le Bloc afin de contrer l'action future d'un gouvernement conservateur majoritaire ou même minoritaire.

Gilles Duceppe doit faire plus. Il doit proposer une stratégie inédite, une vision rassembleuse permettant d'unir tous les nationalistes québécois derrière lui. À mon avis, il doit annoncer qu'il est prêt, à certaines conditions, à négocier avec un éventuel gouvernement conservateur minoritaire le partage du pouvoir fédéral dans une forme de gouvernement de coalition, Québec-Canada, et ce, dans l'intérêt du Québec, mais aussi du Canada.

Pour convaincre les fédéralistes de l'appuyer, il doit aller jusqu'à dire qu'il est prêt à envisager un nouveau modèle de souveraineté, concevable à l'intérieur du Canada Il doit dire en fait qu'il est prêt à explorer sincèrement une forme de souveraineté par association avec le Canada. Mais je doute qu'il puisse se permettre l'audace de soutenir que si la nation québécoise dans un Canada uni est possible, la souveraineté du Québec dans un Canada uni l'est également. Pourtant, ce serait le prix à payer pour rebloquer le Québec, afin, non seulement, de contrer efficacement la menace conservatrice, mais surtout pour changer la nature de ce pays.

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