Quatre trente sous pour une piastre

Que la commission Bouchard-Taylor suggère d'abandonner l'expression Québécois de souche, c'est pour moi un vrai soulagement: car je n'ai jamais cru à cette absurde histoire de souches, pas plus, bien sûr, qu'à son absurde équivalent anglais stock (comme dans French stock, English stock et autres ethnic stock). Mais qu'à la place de souche, les commissaires me proposent descendance ou origine, je ne vois vraiment pas ce que ça change! C'est quatre trente sous pour une piastre. Un euphémisme de race remplace un autre euphémisme de race, et voilà tout. Souches ou descendance, stock, ancestry, descent ou bloodlines, c'est toujours la même erreur, dans laquelle nous marinons depuis des décennies, en français comme en anglais, en version fédéraliste comme en version séparatiste. Même d'éminents personnages qui se prennent et sont pris pour des antiracistes ont participé et participent encore de cette erreur, en tout aveuglement.

Je suis Québécois, je suis Canadien, et je suis aussi, entre autres choses, canadien-français. Mes parents aussi sont canadiens-français. Mais bien entendu, je ne suis en aucune façon de cette prétendue descendance canadienne-française ni de ce «French blood»: car le fait d'être canadien-français — ou canadien-anglais, ou canadien-italien, ou canadien-haïtien, ou tout ça à la fois — n'a jamais eu quoi que ce soit d'héréditaire. Comme tout un chacun, je suis canadien-français uniquement et seulement dans la mesure où je le suis devenu, de mon vivant, quelque part entre ma naissance et aujourd'hui. Je ne l'étais pas à la naissance. Je ne l'étais pas à l'origine. C'est un fait acquis et non un fait inné. C'est un fait culturel et non un fait racial. C'est un fait historique et non un fait biologique. Le fait d'être canadien-français ne peut donc être expliqué par ces histoires abracadabrantes de descendance ou d'origine. Les peuples ne sont pas des races.