L'effet parascolaire

Depuis mes premiers pas dans notre système d'éducation, j'ai eu la chance de faire «toujours plus» que ce qui était exigé. Et ce n'est pas en classe, mais après les classes que j'ai véritablement trouvé ma voie et que j'ai appris à développer une expérience et des qualités qui font aujourd'hui partie de mon quotidien.

Au cours de mon passage au secondaire, au collégial et même aujourd'hui à l'université, j'ai eu l'occasion d'assister à de belles choses et de très belles choses. Des jeunes de 12 ans qui s'évertuent à expliquer le pour et le contre des OGM à l'Expo-Sciences, des filles de 10 ans qui s'échangent la rondelle sur la patinoire, des équipes qui se donnent ensemble le défi de combler une soif intarissable de la connaissance à travers des joutes de Génies en herbe, des cégépiens qui sortent de leur milieu et qui profitent des Parlements jeunesse pour s'exprimer et même écouter, j'en ai vu et je continue à en voir chaque année.


La liste pourrait être longue, très longue. Il existe une multitude d'activités qui s'offrent aux jeunes du Québec, allant de l'improvisation aux défis mathématiques en passant par les clubs d'échecs et les journaux étudiants. Le paysage parascolaire québécois est large, mais pourtant il ne réussit à survivre que grâce à l'effort soutenu de bénévoles, des enseignants qui ne comptent pas leur temps, des parents qui ont la passion et des trésoriers qui font des miracles pour garder à flot le véhicule de tant de passionnés.


Depuis plusieurs dizaines d'années, notre système d'éducation s'en tire avec un «moins pire» bilan, grâce à l' effet parascolaire. En s'investissant dans ces activités, les jeunes trouvent un complément à leur apprentissage scolaire, ils se donnent une autre bonne raison de ne pas décrocher, ils participent à leur communauté, ils apprennent à s'investir et à faire des efforts pour quelque chose d'autre qu'une simple note. Le parascolaire est bénéfique, il prolonge et complète le «scolaire», en plus de permettre aux «moins performants» de réussir à leur façon.


Pourtant nos gouvernements ne reconnaissent pas la valeur de ces activités et n'y accordent pas l'importance qu'elle mérite en laissant les enseignants boycotter le parascolaire. Notre système scolaire lui même n'accorde pas une grande importance au parascolaire, pourtant ludique et ultrapédagogique. Certes, les activités sont trop souvent réservés à une certaines élites, situation qui ne pourra que se répéter si les acteurs ne se décident pas à accorder plus de temps et plus de ressources à cette machine bien huilée, mais qui risque trop souvent la panne sèche.


Il y a quelque chose d'incohérent dans notre culture de l'éducation. Nous sommes des millions à encenser Julie Payette, Guy Laliberté, Marc Gagnon, Stéphan Bureau ou Karine Vanasse. Pourtant il y a peu de gens pour encenser les activités qui leur ont permis de se développer. Les jeunes du Québec possèdent d'immenses talents, mais ils n'arrivent pas tous à les développer entre 8h30 et 15h30 devant un tableau noir. Parmi tous ceux qui sortent de notre système scolaire, on trouvera toujours des exemples pour démontrer l'efficacité de notre situation, mais l'on remarquera rapidement que ceux-là ont réussi leur développement grâce aux activités parascolaires. Cela serait bien si on reconnaissait cette réalité. De cette façon, ma génération aurait peut-être appris à se servir de sa plume dans un journal secondaire et l'étudiant ne viserait pas la note de passage, mais un excellent article digne de certains pros.


Julien Baudry, amant du parascolaire
Montréal, mai 2002