Triste société

Un anthropologue se penchera un jour pas trop lointain sur le Québec de 2002 et conclura sans doute que celui-ci était une société bien étrange. Pourquoi? Parce qu'une Assemblée nationale, malgré les sondages indiquant une population fortement divisée sur le sujet, adopta à l'unanimité une loi sur l'union civile prévoyant à toutes fins utiles le mariage et la possibilité d'adoption d'enfants pour les couples homosexuels. Et le tout aura été fait sans grand débat, dans une indifférence quasi générale, les gens étant plus préoccupés par le mauvais temps ou les séries éliminatoires de hockey.

Même si le sujet fut capital pour une société, seuls quelques hurluberlus à col romain et quelques zèbres de même farine protestèrent, mais ils furent rapidement exclus comme réactionnaires et homophobes. Car dans ce drôle de pays qui s'en allait à vau-l'eau, la seule règle qui s'appliquait à tout débat était de suivre le courant. Et le courant était que nous, humains, devions tous être pareils, hommes et femmes, avec les mêmes droits. Nous n'avions de maîtres que nous-mêmes, toute référence à une quelconque transcendance étant strictement bannie par les partisans de la rectitude. Et le ministre responsable du dossier, fier de son projet de loi comme seul un inculte peut l'être, de dire qu'il ne faisait qu'«adapter les institutions pour les situer où est rendue la société» (L'actualité, 15 avril 2002). C'est ainsi que les choses se passaient dans ce triste Québec du printemps 2002.


Michel Lebel


Entrelacs, 20 mai 2002