Privatisation de l'eau: Drummondville doit-elle se réjouir?

Le gouvernement du Québec vient d'ouvrir la porte à la privatisation de l'eau. Drummondville doit se réjouir. Depuis longtemps, les élus ont compris la valeur mercantile de cette ressource.

Les élus municipaux, dont la mairesse Francine Ruest Jutras et la direction de la Société de développement économique de Drummondville (SDED), ont attiré les Chinois et leur usine Worldbest avec l'argument primordial de l'abondance de l'eau potable à faible coût. À faible coût pour les Chinois, il faut s'entendre. Pas pour les Drummondvillois. En fait, les travaux permettant d'alimenter la Worldbest en eau ont coûté plus de quatre millions de dollars aux contribuables. Si l'usine avait produit comme prévu, c'est le tiers de toute l'eau potable de Drummondville qui aurait été ingurgitée par cette entreprise de teinture.

Aujourd'hui, nous le savons, ce projet a été un cuisant échec. Au plus fort de l'achalandage, trois voitures se perdent dans l'immense parc de stationnement de la Worldbest. Comment les politiciens ont-ils pu croire à l'implantation d'une usine de textile dans le parc industriel de Drummondville? Quelles motivations poussent les gens de pouvoir à se lancer dans un projet qui va à l'encontre de tout bon sens? J'ose espérer qu'il ne s'agit pas de naïveté ou de stupidité. J'imagine que quelqu'un, quelque part sur cette terre, a su en profiter! Les Chinois pourraient-ils être plus intéressés par notre eau potable que par la teinture de tissus?

En pleine séance du conseil municipal, pour tenter de masquer le fiasco de la Worldbest, Francine Ruest Jutras a lancé, sans le moindre signe de culpabilité, que Drummondville «cherche à attirer des entreprises consommant beaucoup d'eau potable». Quel magnifique créneau...

Par ailleurs, la Ville de Drummondville négocie actuellement avec une autre entreprise reconnue pour ses préoccupations concernant l'environnement: Intersan.

Les autorités municipales étudient en fait la possibilité de permettre à Intersan de déverser directement les eaux de lixiviat, provenant de son dépotoir de Drummondville, dans les bassins de l'usine d'épuration. Il s'agit en fait du liquide issu des déchets en décomposition, du jus de vidange. Ces contaminants lixiviés sont très toxiques.

Dans ce projet, les élus, sous la direction de la mairesse de Drummondville, ont-ils considéré avant tout la santé publique? L'aspect pécuniaire a une fois de plus altéré le jugement de nos «représentants du peuple».

Avant, c'était Saint-Nicéphore qui portait lourdement le titre de «dépotoir du Québec». Avec la fusion, c'est maintenant le tout Drummondville qui devra vivre avec cette appellation d'origine très peu contrôlée. Mais, de toute évidence, les élus semblent très à l'aise avec cette situation. Ils n'ont pas tardé à se lancer dans un processus menant à un éventuel partenariat public-privé avec les dirigeants du dépotoir. Vont-ils fêter cette nouvelle collaboration en ouvrant une bonne bouteille de lixiviat 2006? Les lendemains de veille s'annoncent difficiles...

Je suis souverainiste. La majorité des dirigeants politiques de Drummond le sont aussi. Du moins, c'est ce qu'ils affirment. À l'aube d'un référendum gagnant, je suis inquiet. Très inquiet. Immédiatement après une déclaration d'indépendance, ces gens de pouvoir vont-ils s'empresser de vendre notre eau à des Américains assoiffés pour renflouer temporairement les coffres de l'État? C'est inquiétant. Très inquiétant.

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