Lettres: L'effet sida

Sous le ventilo d'un cyber à Lomé, au Togo, j'ai lu avec intérêt l'éditorial de Mme Josée Boileau («ONG piégées», 28 décembre 2005), et j'aimerais partager ici ma réaction avec les lecteurs du Devoir.

Il semble en effet que l'effet tsunami ait eu des impacts sur les ONG qui défendaient une cause humanitaire autre que l'effort humanitaire à la suite du passage du tsumani en Asie. Ce qui semble vrai à l'échelle de la planète pourrait être aussi vu dans la même perspective ici, en Afrique de l'Ouest, où l'effet sida draine efforts et argent par rapport

à d'autres ONG défendant d'autres causes humanitaires.

Là où l'effet sida est le plus patent, c'est certes, ici, au Togo, avec l'intense campagne publicitaire à la télévision mettant la population en garde contre les risques de contracter le sida. Je ne dis pas que l'on devrait minimiser l'impact du sida ici en Afrique, mais je dis que cette cause draine beaucoup d'efforts et d'argent en regard de toutes les autres causes humanitaires. Des Africains d'ici seraient d'accord avec moi. L'ONG pour laquelle je travaille au Togo oeuvre au niveau du parrainage scolaire et du micro-crédit pour les femmes entreprenantes. Or voilà bien deux aspects du développement en Afrique qui peuvent contribuer à lutter, à long terme, contre le sida: la scolarisation et l'amélioration des conditions de vie des femmes par le micro-crédit.

Je ne voudrais pas créer une compétition sur le plan de l'humanitaire, mais disons qu'il peut être frustrant de voir ce déluge publicitaire sur le sida à la télé africaine, alors que notre ONG peine à trouver ces parrainages et ces micro-crédits pour les femmes. Je me pose des questions sur ces millions investis en publicité en regard de nombreuses ONG qui ciblent sur le terrain des problèmes criants mais qui demeurent sans ressources financières.

Je crois qu'il existe ici un déséquilibre en faveur du sida, alors que d'autres causes humanitaires (scolarisation, micro-crédit) peuvent tout autant et autrement lutter à long terme contre le sida. Car le grand problème du sida en Afrique est en fait un symptôme du sous-développement. Ainsi, toutes les ONG qui oeuvrent pour le développement en Afrique luttent directement ou indirectement contre ce fléau en terre africaine...

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