Lettres: Harper a-t-il fait fondre le Bloc ?

La sortie québécoise de Stephen Harper au cours de laquelle, fort habilement d'ailleurs, il a annoncé que le déséquilibre fiscal, en plus d'être une réalité qu'il reconnaît, fera partie de son agenda s'il est élu premier ministre du Canada lors des élections fédérales du 23 janvier prochain, ne vient-elle pas embarrasser le Bloc québécois? Risquer même de le faire fondre?

Il en rajoute: le fédéralisme canadien à saveur conservatrice favorisera une décentralisation basée sur davantage de pouvoirs à retourner vers les provinces. Et de deux!

Si nous partons de l'hypothèse que le Bloc québécois existe dans le but de défendre les intérêts du Québec à Ottawa et que parmi ceux-ci, le déséquilibre fiscal tout comme le retour de pouvoirs essentiels à l'épanouissement de la société québécoise vers le gouvernement national des Québécois ont été

et sont encore, dans cette campagne électorale, des chevaux de bataille de première ligne de Gilles Duceppe et son équipe, ne serait-il pas correct de dire que voilà le message entendu?

Et si ce message est entendu, le Bloc québécois ne se retrouve-t-il pas piégé? Pris à son propre jeu? Il a si bien travaillé que le chef d'un parti politique fédéraliste canadien admet que voilà des éléments à corriger le plus rapidement possible. Il le dit, plus, il en fait un engagement électoral prioritaire.

Le Bloc québécois devient-il, sans l'avoir vraiment souhaité, l'artisan d'un changement fondamental du fédéralisme?

Et s'il s'aventurait à dire que voilà des promesses prises par un politicien souhaitant se faire élire pour ensuite, cavalièrement, renier sa parole, ne tomberait-il pas dans un autre piège? Celui qui veut que les politiciens fassent des promesses pour ensuite les renier? Alors il se retrouverait à retourner l'argument contre lui-même, puisque travailler à régler le déséquilibre fiscal et exiger un retour vers les provinces de pouvoirs absolument nécessaires à une bonne gestion des leurs responsabilités, voilà ce que le Bloc promettait pour se faire élire et que, étonnamment, il aura réussi à faire. Si ce n'était pas cela, qu'était-ce alors?

Si ça se tient, alors devons-nous, le 23 janvier 2006, voter pour le Parti conservateur ou pour le Bloc québécois?

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