Le Canada en Afghanistan - L'année risque d'être douloureuse

Deux attaques en une semaine ont fait récemment six blessés parmi les soldats canadiens déployés en Afghanistan. Ces incidents n'ont rien d'inattendu et il est fort probable que de nouveaux noms s'ajoutent dans les prochains mois aux huit militaires que le Canada a déjà perdus.

Le contingent canadien se redéploie présentement à Kandahar au coeur des régions affectées par les insurgés talibans et passera de 900 à près de 2000 en février prochain. Outre les conditions sur place qui posent un défi majeur, le Canada doit composer avec ses partenaires européens et américains divisés sur la nature de la mission des troupes envoyées et qui se reprochent mutuellement de chercher à se désengager. Le Canada en Afghanistan pourrait connaître une année 2006 fort douloureuse.

La présence militaire internationale est organisée autour de deux axes. Le premier est une coalition de volontaires dirigée par les États-Unis qui mène une opération de guerre contre les éléments talibans et Al-Qaïda qui subsistent appelée «liberté immuable». Le deuxième est la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS), menée par l'OTAN, et dont le mandat en est un de maintien de la paix.

L'année 2006 est prévue comme étant celle de la consolidation de ces deux axes en un seul. L'opération «liberté immuable» compte 15 000 à 20 000 militaires lourdement armés et celle de la FIAS près de 10 000 plus légers. La FIAS, initialement présente uniquement à Kaboul, a entamé en 2003 un processus d'extension régionale qui doit être complété l'année prochaine. Elle est l'héritière désignée des deux opérations.

Cette transition dépend d'une logique de diminution progressive de l'insécurité dans le pays. Néanmoins, l'année 2005 a été marquée par une recrudescence sans précédent de la violence depuis la chute du régime des talibans. Les attaques ont fait un nombre record de victimes et démontrent un niveau de sophistication croissant. On est bien loin aujourd'hui des élans triomphalistes qui faisaient dire au commandement américain en début d'année que les éléments terroristes en Afghanistan étaient en pleine déroute.

Deux débats

À ces difficultés sur le terrain s'ajoutent de profondes divisions entre les pays sur la nature des opérations à entreprendre. Deux camps principaux s'affrontent: les Américains d'un côté et certains pays européens, dont l'Allemagne, la France et les Pays-Bas, de l'autre.

Les débats portent d'abord sur la mission des troupes envoyées. Pour les Américains, si la FIAS doit prendre la tête de l'ensemble, c'est avec un mandat plus agressif qui inclut la chasse aux terroristes. Pour les Européens, il n'est pas question de modifier la mission de la FIAS. Son rôle est différent et les liens de confiance qu'elle a permis d'établir avec les populations locales risquent d'être brisés si elle est associée aux opérations de guerre impopulaires menées par les Américains.

Ce débat en sous-tend un autre, celui de l'importance de la contribution à l'effort militaire. Depuis 2001, les Américains ont assumé l'essentiel de la charge tant en nombre qu'en qualité des effectifs et des moyens déployés. Pendant ce temps, malgré de belles promesses, les principaux membres européens de l'OTAN, dont la France et l'Allemagne, ont traîné des pieds pour fournir des ressources. Dans les médias américains, des informations ont opportunément filtré sur une réduction envisagée de 20 % de la présence américaine en Afghanistan.

L'OTAN vient d'annoncer l'envoi de 6000 militaires supplémentaires prévus pour l'extension de la FIAS dans le sud de l'Afghanistan, une région particulièrement violente. L'essentiel du contingent a été trouvé chez les Britanniques, les Néerlandais et les Canadiens. Or, jusqu'au tout dernier moment, les Néerlandais ont menacé de réduire de moitié leur contribution si le mandat de la FIAS était changé. Les Britanniques ont quant à eux manifesté l'intention d'emboîter le pas le cas échéant. Si cet accord fragile s'effondre, les soldats canadiens courent le risque de se retrouver bien seuls pour affronter les dangers de Kandahar.

Le pari de la durée

Il est difficile de ne pas faire le lien avec l'invasion américaine en Irak. Les réductions d'effectifs envisagées par les Américains en Afghanistan sont directement reliées aux déboires qu'ils subissent sur cet autre théâtre d'opération. De même, l'effort important consenti par le Canada depuis le début de l'intervention internationale ne peut être compris qu'en faisant référence à l'Irak, l'Afghanistan jouant le rôle d'une monnaie d'échange pour réparer les pots cassés à la suite de sa non-participation à cette autre campagne américaine.

Les insurgés afghans font le pari de la durée. Ils savent que les Occidentaux disposent de moyens militaires écrasants, mais d'une marge de manoeuvre politique limitée dans le temps. L'Afghanistan sort de plus de deux décennies de guerres civiles. Sa stabilisation et sa reconstruction prendront de longues années.

La communauté internationale quant à elle, après quatre ans, arrive aux limites de sa bonne volonté. Malheureusement pour les Afghans, les solutions expédiées produisent rarement des résultats probants dans la résolution durable des conflits. Le Canada a clairement signifié son engagement, il ne pourra cependant pas sauver la mise si ses partenaires l'abandonnent.

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