Les mythes de «l'exode des jeunes»

Les projections de l'Institut de la statistique du Québec quant à l'avenir démographique de plusieurs régions du Québec sont plutôt inquiétantes. En effet, d'ici 2026, sur les 17 régions administratives, six connaîtront un déclin soutenu (Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, Côte-Nord, Abitibi-Témiscamingue, Saguenay-Lac-Saint-Jean, Bas-Saint-Laurent, Mauricie), quatre connaîtront une phase de transition d'une situation de croissance vers une situation de décroissance (Centre-du-Québec, Capitale-Nationale, Chaudière-Appalaches, Nord-du-Québec), tandis que seulement sept régions verront la taille de leur population croître (Laurentides, Outaouais, Lanaudière, Laval, Montréal, Estrie, Montérégie). [...]

Les jeunes sont souvent pointés du doigt en ce qu'ils contribueraient, par leur «exode», à réduire la taille des populations régionales, d'autant qu'ils sont aussi à un âge où ils sont à même de procréer. Les différentes enquêtes du Groupe de recherche sur la migration des jeunes (GRMJ) ont cependant permis de mettre en lumière le fait que les parcours migratoires des jeunes sont beaucoup moins unidirectionnels qu'il ne semble et que les jeunes sont plus présents qu'on ne le pense en général dans les régions périphériques du Québec. [...]

Fortement présents

En 2004-2005, le GRMJ a réitéré un vaste sondage téléphonique qu'il avait déjà réalisé en 1999, en interrogeant cette fois-ci environ 6000 jeunes Québécois francophones, anglophones ou autochtones, âgés de 20 à 34 ans. Les différentes questions portaient tout autant sur le départ du domicile familial, sur l'identité régionale, sur la stabilité et la mobilité potentielle du jeune que sur son retour réel ou potentiel dans sa région d'origine. [...]

Plus du tiers des jeunes (38 %) sont des non-migrants, c'est-à-dire des jeunes qui vivent toujours dans la même municipalité que celle de leurs parents sans l'avoir quittée pendant plus de six mois. Dix pour cent des jeunes sont des migrants intrarégionaux en ce qu'ils ont déménagé pour une période de plus de six mois dans une autre municipalité de la même région administrative, certains étant revenus dans leur municipalité d'origine. Trente-six pour cent des jeunes sont des migrants interrégionaux puisqu'ils vivaient au moment de l'enquête dans une autre région administrative que celle de leurs parents, tandis que 16 % sont des migrants interrégionaux de retour, revenus dans leur région d'origine.

On remarquera que près des deux tiers (64 %) des jeunes de 20 à 34 ans vivent dans leur région d'origine et que 32 % de l'ensemble des jeunes migrants interrégionaux sont des migrants de retour. Contrairement à la croyance populaire, les jeunes sont donc encore fortement présents dans leur région d'origine [...].

La première migration

Les jeunes quittent pour la première fois leur municipalité d'origine à un âge relativement jeune. En effet, plus de la moitié des premières migrations s'effectuent avant l'âge de 20 ans alors que moins de 15 % auront lieu après 23 ans. [...] Les femmes migrent à un âge plus précoce que celui des hommes. [...]

La première migration s'effectue pour une proportion assez importante de jeunes dans leur propre région administrative. Quelle que soit la région d'origine, c'est toujours entre 41 % et 57 % des jeunes qui migrent pour une première fois dans leur région d'origine. Montréal se démarque avec 72 % des jeunes, qui lors de leur première migration restent dans la région, tandis que les régions Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine (28 %) et Côte-Nord (25 %) sont celles qui voient la plus forte proportion de jeunes partir pour une autre région.

Les régions de Montréal, de la Capitale-Nationale et de la Montérégie sont celles qui, après les régions d'origine des jeunes, accueillent le plus de migrants. Elles reçoivent respectivement 31 %, 15 % et 10 % des jeunes lors de leur première migration. [...]

Plusieurs raisons peuvent expliquer le déménagement vers le lieu de la première migration. Cependant, contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce n'est pas d'abord l'emploi qui l'explique le plus fortement. En effet, seulement 28 % des jeunes migrants ont identifié l'énoncé «Pour des raisons de travail» pour expliquer leur première migration.

En fait, c'est le motif «Pour vivre votre vie» qui recueille le pourcentage le plus élevé, avec 79 % des jeunes. L'amélioration des perspectives d'avenir, la volonté d'avoir une bonne qualité de vie et la poursuite des études sont les trois autres raisons identifiées par plus de 50 % des répondants (respectivement par 61 %, 55 % et 54 % des jeunes migrants). [...]

Les raisons du retour

Le retour vers le lieu d'origine est sans aucun doute la question qui préoccupe le plus lorsque l'on s'intéresse à la migration des jeunes Québécois. [...] Constatons d'abord que 51 % des jeunes considèrent leur lieu de résidence au moment de l'enquête comme temporaire. Cette proportion est plus grande chez les migrants interrégionaux (55 %) et beaucoup plus faible chez les non-migrants (7 %) [...].

De plus, seulement 47 % des répondants souhaitent vivre dans une grande ville (18 %) ou dans sa banlieue (29 %) [...]. Ainsi, la ville attire les jeunes migrants mais ne constitue pas un lieu où ils souhaiteraient passer toute leur vie d'adulte.

Mais si de nombreux jeunes sont encore mobiles, reviendraient-ils pour autant vivre dans leur municipalité d'origine? Les jeunes migrants intrarégionaux qui ne vivent pas dans leur municipalité d'origine, tout comme les migrants interrégionaux, répondent «oui» à cette question à 58 %, si les circonstances s'y prêtaient.

En fait, plusieurs raisons pourraient justifier ce retour dans leur municipalité d'origine. La raison la plus souvent évoquée, par 85 % des jeunes migrants, est la volonté d'avoir une meilleure qualité de vie, suivie à 73 % par «Pour avoir une maison à vous». L'emploi, représenté par l'énoncé «Pour gagner sa vie», n'arrive qu'en troisième place: 71 % des jeunes estiment que cela pourrait justifier un retour au lieu d'origine. Trois autres raisons obtiennent un niveau d'assentiment de plus de 60 %: «Pour vous rapprocher de vos parents» (68 %), «Pour élever vos enfants» (61 %) et «Pour la proximité de la nature» (61 %).

Le portrait est quelque peu différent lorsque l'on interroge les migrants qui sont revenus dans la région du lieu d'origine. Si la volonté d'avoir une bonne qualité de vie arrive encore en première place (82 % des répondants), «Pour gagner sa vie» se classe cette fois-ci en deuxième place (70 %). Se rapprocher de ses parents (62 %) et de ses amis (62 %) ainsi que la proximité de la nature (57 %) expliquent aussi assez fortement le retour des jeunes. [...]

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L'Annuaire du Québec 2006, préparé par l'Institut du Nouveau Monde, publié aux éditions Fides et auquel Le Devoir apporte sa collaboration depuis ses débuts en 1996, offre un tour d'horizon des grands enjeux qui traversent le Québec.

Les trois extraits que nous publions aujourd'hui sont un reflet de la variété des thèmes à nouveau abordés cette année par L'Annuaire.

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