Marc Favreau au Devoir - Pauvre, pauvre Terre

À la veille du Sommet de Johannesburg, en 2002, Le Devoir avait demandé à Marc Favreau d'écrire un texte qui serait publié dans le cahier spécial prévu pour l'occasion. Notre collègue Louis-Gilles Francoeur avait quelquefois répondu aux appels de ce «monsieur» désireux de s'informer de questions environnementales dont il prévoyait parler dans ses monologues. Les deux ou trois fois que cela s'était produit, Louis-Gilles avait eu la sensation d'une inoubliable parenthèse dans son travail quotidien. Marc Favreau parlait doucement, questionnait avec timidité et laissait l'impression de vouloir s'effacer. «J'avais l'impression de parler un peu au personnage!» Voici le texte que nous avions alors publié en ce samedi 31 août 2002.

Sol, dans sa totale candeur, se plaît à répéter: «La Terre, c'est une boule toute ronde, comme une pomme, sauf que la Terre, elle a pas de queue.

C'est pas grave qu'elle ait pas de queue, mais c'est seulement un peu embêtant pour nous, on peut jamais savoir si elle est contente.»

Par quelle indécrottable naïveté arrive-t-on à croire que notre planète puisse être un jour ravie?

À réfléchir un peu au traitement indigne qu'on lui fait subir, on devrait devenir écarlate de honte!

Dès qu'il eut compris que la Terre était ronde, l'homme s'est écrié: «Quel merveilleux ballon!»

Et c'est depuis ce temps qu'il lui tape dessus.

Qu'il s'acharne sur elle à grands coups répétés de la tête et du pied et à bras raccourcis.

Nous avons oublié que notre Terre est aussi notre mère!

Elle nous a mis au monde et, depuis, nous nourrit et fait notre fortune.

Nous lui demandons tout et, toujours, sans vergogne, exigeons encore plus et de plus en plus vite.

La pauvre! Nous l'avons bousculée, chamboulée, dépouillée, grignotée, pressurée, piratée, pillée, vampirisée.

Quand nous aurons raclé tous nos fonds de terroir, est-ce que nous serons vraiment plus avancés?

Réfléchissons aussi que si on lui prend tout, on lui donne en retour.

Si on la creuse tant, c'est pour mieux la combler.

Nous l'aimons bien farcie, truffée de nos déchets, innommables débris, fruits de nos égoïsmes les plus insensés.

Pauvre Terre Terre minée minée minée contaminée!

Coïncidence étrange ou hasard alarmant?

Dans tout dictionnaire, «terre» est toujours suivi de «terreur», de «terrible», de «terrifiant».

Assez d'indolence!

Secouons la torpeur et persuadons-nous que si nous refusons de cesser nos excès, nous nous retrouverons demain ou très bientôt irréversiblement atterrés terrassés!