Radio-Canada doit privilégier une gestion responsable

Radio-Canada est en conflit de travail avec un syndicat représentant une partie de ses employés. En conflit de travail, pas en conflit de société.

Un conflit de travail sévit dans cette entreprise, pareille à toute autre entreprise en ce qu'elle doit atteindre ses objectifs dans le respect de son mandat et de ses moyens. Et un conflit de travail sévit dans cette entreprise, à nulle autre pareille au pays en ce qu'elle doit gérer, à l'échelle nationale, la création, la production et la diffusion d'une culture et d'une information que seul le service public peut offrir. Une entreprise qui doit informer, éclairer et divertir des millions de Canadiens qui comptent sur le service public pour savoir et comprendre.

Comment assurer la pérennité de ce service public? Par une gestion responsable, une gestion qui permet de prendre acte à la fois des contraintes et des bonnes occasions et de faire la part du souhaitable et du réalisable.

Et cette nécessité de gestion responsable ne peut se concilier qu'avec une volonté de régler le conflit sur la double base du respect de nos employés et du respect de nos mandats. Ces mandats sont aussi simples d'apparence que complexes dans leur réalisation: donner aux créateurs d'aujourd'hui les moyens d'agir demain.

Dans ce contexte, seule une entente négociée peut mettre fin au conflit car seul un partenariat entre la direction et ses employés peut assurer l'avenir. Et l'avenir de Radio-Canada ne peut se bâtir sur la nostalgie ou les seules bonnes intentions des uns ou des autres. Cet avenir doit se construire sur la réalité et le réalisme. Sur des faits. Et des faits, en voici.

- Les budgets de la SRC ont fondu de 30 % au cours des dix dernières années. Comment envisager, dans ce contexte, d'accorder des augmentations salariales totalisant 25 %, comme le demande le syndicat?

- La SRC doit gérer ses activités en s'appuyant sur des budgets dont une bonne partie n'est pas permanente, notamment les budgets liés à des projets qui ont un début et une fin dans le temps. C'est le cas dans toute cette industrie, où la souplesse de gestion devient une condition de survie. Comment, dans ce contexte, accorder la permanence à presque tous les contractuels, comme le demande le syndicat?

- La SRC s'appuie sur une vision de l'avenir qui marie réalisme et prise en compte des leçons du passé. C'est pourquoi la direction a offert de reconduire la convention existante, à un aménagement près. Comment, dans ce contexte, composer avec 141 demandes syndicales de modifications et d'améliorations de ladite convention? Et comment concilier avec un légitime souci d'équité à l'égard de nos autres employés des demandes qui, si elles étaient acceptées, créeraient une incroyable disparité entre les conditions consenties à l'ensemble de notre personnel et celles dont jouiraient exclusivement les membres du SCRC?

- La SRC mise sur la négociation de bonne foi pour en arriver à une entente. Comment, dans ce contexte, composer avec une approche syndicale qui fait en sorte que la conciliation est demandée dès le début de la négociation? Et comment composer avec le déclenchement d'une grève dès que le délai légal de conciliation est expiré?

Dès le départ, donc, le syndicat a adopté des positions très dures face aux offres patronales et utilisé le moyen de pression le plus extrême pour tenter de faire fléchir la SRC. Dans ce contexte, il était impossible d'envisager le retour de nos employés au travail sans parvenir à une entente qui permettrait de combler les écarts importants entre les demandes syndicales et nos offres. Aujourd'hui, nous exhortons le syndicat à travailler sérieusement à un règlement qui permettra à Radio-Canada et à tous ses employés de relever les nombreux défis de l'avenir.

Un tel règlement ne pourra survenir sans un effort sérieux pour poursuivre les discussions à la table. Certains enjeux d'importance ont été réglés à la suite de tels efforts. C'est le cas notamment des dispositions ayant trait à l'équité salariale entre les hommes et les femmes. C'est pourquoi la SRC s'explique si mal les absences répétées du syndicat à la table de négociation au cours des dernières semaines. Il est grand temps que nous mettions toutes nos énergies là où ça compte. Et que l'on se rassure: les représentants patronaux sont investis de tous les mandats nécessaires pour régler raisonnablement les questions soulevées.

Il faut le répéter: personne ne gagne dans un conflit de travail et personne n'a avantage à le faire durer. Il faut donc négocier et trouver une solution à nos différends. Et engageons-nous ainsi auprès de nos auditeurs et téléspectateurs qui nous demeurent fidèles depuis des décennies à leur redonner, le plus rapidement et le plus adéquatement possible, le service auquel ils ont droit.