Forum - Les antioxydants durant la grossesse feraient des miracles

Les femmes qui consomment pendant leur grossesse des antioxydants, plus particulièrement des suppléments de vitamines C et E, pourraient être protégées contre la prééclampsie et prévenir chez leurs futurs enfants les maladies cardiovasculaires chroniques et le diabète de type 2.

C'est en tout cas l'hypothèse que tentera de confirmer une équipe de chercheurs en obstétrique, épidémiologie, physiologie et nutrition sous la direction du Dr William Fraser, directeur du Département d'obstétrique-gynécologie de la Faculté de médecine, grâce à une subvention de 1,6 M $ des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). «Nous savons que le foetus est fortement influencé par l'environnement intra-utérin dès les premiers stades de son développement, commente le Dr Fraser. Un de nos objectifs, dans cette recherche, est de vérifier si les indices du stress oxydatif, mesurés sur le sang du cordon, ont un effet sur cette "programmation" foetale.»

Ce que le chercheur entend par «stress oxydatif», c'est la carence en antioxydants, ces substances (principalement les vitamines C et E, les caroténoïdes et le sélénium) capables de neutraliser ou de réduire les dommages causés par les radicaux libres dans l'organisme. Les radicaux libres «oxydent» les cellules et jouent donc un rôle important dans le vieillissement.

Le programme dirigé par le Dr Fraser comporte deux composantes majeures. La première, appelée International Trial of Antioxidants in the Prevention of Preeclampisa (INTAPP), est une recherche clinique menée auprès de 12 500 femmes enceintes qui prennent des vitamines C et E ou un placébo. La seconde a été nommée Maternal-Infant Research on Oxidative Stress (MIROS) et se penche directement sur le stress oxydatif. Plus de 20 chercheurs y sont associés. Les participantes au premier volet sont invitées à prendre part au second.

La faisabilité des études MIROS et INTAPP repose sur le réseau que le Dr Fraser a établi au Canada, au Mexique et en Chine au cours de précédents travaux. «Nous pouvons compter sur un échantillon très large et c'est ce qui fait notre force. Dans le domaine de la périnatalité, les recherches sont souvent effectuées chez un petit nombre de patientes», signale le professeur Fraser. À titre d'exemple, certains de ses plus récents résultats s'appuyaient sur des données recueillies auprès de 2000 patientes suivies dans 56 centres de 13 pays.

Plusieurs milliers de femmes enceintes seront conviées à participer à ce projet de recherche qui s'étendra de la 13e semaine de grossesse jusqu'à un an après l'accouchement. Pour le Dr Fraser et son équipe, la subvention arrive à un bon moment puisqu'ils disposent de nouveaux laboratoires d'une superficie de 2500 pi2 juxtaposés à l'unité d'obstétrique et de gynécologie de l'Hôpital Sainte-Justine.

Collaboration interdisciplinaire

Vingt-deux personnes, dont plusieurs Canadiens mais aussi des chercheurs en provenance d'Europe et d'Asie, sont engagées dans MIROS. Résolument interdisciplinaire, le projet rassemble notamment des épidémiologistes (Zhong Cheng Luo, François Audibert, Alexandre Dumont), des pédiatres (Anne Monique Nuyt, Grant Mitchell), une nutritionniste (Bryna Shatenstein), des chercheurs fondamentalistes (Michelle Brochu et Blandine Compte), une sociologue (Denise Avard) et une juriste (Emmanuelle Lévesque). Il s'agit d'une recherche qui a des volets fondamentaux et cliniques. Plusieurs étudiants des cycles supérieurs profiteront de l'occasion pour entamer une maitrise ou un doctorat.

Quatre axes principaux seront suivis. Le premier concerne les facteurs génétiques, nutritionnels et environnementaux liés à des problèmes de santé chez la mère, surtout la prééclampsie, et les retards de croissance chez le foetus. Le deuxième tentera de préciser les bienfaits des suppléments d'antioxydants chez la mère en matière de programmation de désordres cardiovasculaires et métaboliques. Le troisième essaiera d'établir un modèle de prévention pour la prééclampsie à partir de signes précliniques. Un quatrième axe de recherche sur des modèles animaux s'ajoute à ces travaux.

Pour la plupart des femmes enceintes qui prendront part à MIROS, deux rencontres avec un membre de l'équipe de recherche suffiront, avant et après l'accouchement. On demandera à environ 3000 femmes au Canada d'y collaborer.

«Cette recherche interdisciplinaire va créer une synergie sans précédent et nous permettre de préciser le rôle des antioxydants dans la prééclampsie et possiblement dans la programmation foetale», se réjouit le Dr Fraser.

Dundee, Halifax, Calgary, Québec, Montréal

Très attaché au Québec, où il possède des racines familiales de presque deux siècles à Dundee, au sud-ouest de Montréal, William Fraser est convaincu qu'on peut faire de l'excellente recherche en santé au Canada, même si les budgets ne sont pas toujours aussi mirobolants que chez nos voisins du Sud. «En vertu de nos valeurs et de notre système de santé public, c'est plus facile de constituer ici des échantillons représentatifs pour la recherche clinique, affirme-t-il. Le Canada n'a pas encore atteint le niveau de financement de la recherche que je souhaiterais, mais il faut reconnaitre que des efforts majeurs ont été déployés pour remédier à la situation depuis une dizaine d'années.»

Avec la plus récente subvention des IRSC, qui s'ajoute aux 4,8 M $ obtenus du même organisme en 2002 pour le projet INTAPP et à une initiative stratégique de formation en recherche de 1,8 M $, le Dr Fraser figure en tout cas dans le peloton de tête des chercheurs canadiens en périnatalité. «Ce qui me rend surtout fier, c'est d'avoir composé une équipe d'hommes et de femmes capables de rivaliser avec les meilleurs du monde», tient-il à mentionner. L'appui de l'Université et de l'Hôpital Sainte-Justine a été déterminant.

Après avoir fait ses études médicales à l'Université Dalhousie, à Halifax, le Dr Fraser s'est spécialisé en gynécologie-obstétrique à l'Université McGill. Il a ensuite obtenu une maitrise en épidémiologie et fait une surspécialité en médecine maternelle et foetale à l'Université de Calgary. Avant que l'Université de Montréal lui offre la Chaire de recherche du Canada en épidémiologie périnatale, en 2003, il était professeur à l'Université Laval.

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