Libre opinion: Ma réaction aux réactions à ma réaction sur l'affaire Boisclair...

J'aimerais, dans l'esprit d'un nécessaire dialogue, réagir aux réactions à la lettre que j'ai rédigée sur un coup de coeur et d'un trait et qui fut publiée dans l'édition du 22 septembre du Devoir sous un titre («C'est ma génération que vous attaquez!») qui n'est pas le mien. J'aimerais apporter quelques éclaircissements qui, je l'espère, permettront une autre lecture de ma réaction émotive parfois irréfléchie, mais toutefois pleinement assumée.

J'aimerais que les lecteurs de ma lettre bien sentie sachent que ni le titre, ni l'illustration, ni l'exergue n'étaient mes choix. Si on me l'avait demandé, j'aurais préféré un titre qui aurait mieux concordé avec le point principal que je voulais transmettre, par exemple celui-ci: «De l'art de savoir ordonner ses priorités.» J'aurais mis cette partie en exergue: «Au lieu de s'inquiéter de quelques lignes de cocaïne, peut-on s'inquiéter de l'état de nos forêts? De nos rivières? De l'air, des sols, de nos rapports avec les Innus?»

Et comme illustration, j'aurais choisi une coupe à blanc, un jeune Innu en train de sniffer de l'essence ou un corridor bondé de salle d'urgence, car voilà bien plus à quoi je pensais lorsque je transcrivais ma façon de penser plutôt qu'à une pseudo guéguerre de générations, à mon avis intenable et commencée par les baby-boomers essayant à tout pris de rester artificiellement jeunes (j'admets que nombre d'entre «nous», trentenaires, ont suivi en cela leur exemple). J'aime bien les Cowboys Fringants, mais je faisais évidemment dans le second degré en disant vouloir leur donner l'Assemblée nationale. Le mot «écoeurantite» n'existe pas plus que les moyens de faire un tel changement de régime parlementaire.

Autre mise au point, mes parents sont nés avant le baby-boom et m'ont transmis des valeurs plutôt issues de l'après-guerre et du souvenir des sacrifices de la dépression que de la Révolution tranquille. Mes enseignants par contre étaient des post-hippies et eux ont contribué à mon instruction, publique et gratuite, et qui aujourd'hui me permet de penser. J'ai une gratitude immense envers cette génération, je me considère redevable pour les avancées majeures qu'elle a fait faire à la société dont je suis maintenant à la fois si fière et si critique.

Si je n'ai d'autre endroit pour vous le dire, j'en profite ici: merci de m'avoir permis de devenir tout ce que je suis. C'est grâce à vous si j'ai de l'ambition et si je n'ai peur de rien (sauf que les pluies acides me tombent sur la tête)!

De la place pour tous

À la personne qui se demande comment ma hargne se traduira en soins envers sa génération lorsqu'elle sera à son tour aînée, je vous rassure tout de suite: nous n'allons pas suivre votre exemple! Nous allons faire de la place à toutes les générations, à tous les individus. Par exemple: les gens à mobilité réduite, pour cause de poussette ou de fauteuil roulant, auront des ascenseurs dans le métro, auront des transports publics en région, et les aînés auront mieux à faire de leurs journées que de gober des «drogues» légales et débilitantes...

Vous aurez, lorsque vous serez aînés et, comme toujours, grâce à votre poids démographique, chers baby-boomers, une place de choix et en accord avec vos besoins que vous réussissez toujours à mettre en avant, dans la société québécoise. Je m'inquiète davantage de savoir s'il restera quelques miettes pour la génération de mon fils.

J'aimerais aussi ajouter comme nuance que ne confierais pas mon cerveau à un neurochirurgien qui boirait du café pendant ses moments de détente, même si ce n'est pas illégal et que moi j'en bois beaucoup, car le café reste dans l'organisme un certain temps et fait trembler les mains. À bon entendeur...

Enfin, Monsieur Navarro («Du simple réalisme politique», Le Devoir, 28 septembre), avez-vous remarqué qu'après la ZLEA je mentionne les accords bilatéraux? Savez-vous qu'ils sont pires pour la souveraineté des nations américaines et qu'ils prennent insidieusement et dans l'ignorance de nous tous la place de la bruyante ZLEA? Et puis vous n'êtes pas au courant des procès secrets au Canada? Prenez donc des nouvelles d'Adil Charkaoui ou de Mohammad Mahjoub, et on s'en reparlera, si vous voulez.

Que nous soyons collectivement au courant de la cocaïne d'un candidat à la direction d'un parti, mais non des dessous maculés de la justice canadienne, dont nous sommes tous responsables, n'est-ce pas assez pour justifier mon ton et ma colère? N'est-ce pas là justement ce que je critiquais ardemment dans ma lettre? CQFD. Solidarité et compassion.