Lettres: La grande noirceur, selon le ministre

Pierre Pettigrew se retrouve sur toutes les tribunes ces temps-ci. Il ne fait aucun doute qu'il cherche à se démarquer de Paul Martin en se positionnant comme un dur envers les nationalistes québécois, pour éventuellement lui succéder. Sous le couvert de défendre une idéologie multiculturaliste, ses arguments frôlent plutôt l'intolérance. D'abord, il compare le chef du Bloc québécois à Maurice Duplessis, un conservateur notoire aux antipodes du progressiste Duceppe. Mais ce qu'il veut sous-entendre, c'est que l'électorat bloquiste est plongé dans une «grande noirceur» nationaliste qui alimente la méfiance envers Ottawa, ouverte sur le monde.

Ce n'est pas la première fois que M. Pettigrew est méprisant envers le Québec plus homogène, «les Québécois de souche». Il voudrait bien que, avenir politique oblige, le Québec des régions soit calqué sur Montréal, ou plus précisément sur l'image multiculturelle de sa circonscription de Papineau. Manifestement il se trompe, car sa vision essentiellement urbaine et ontarienne du monde ne correspond pas automatiquement aux Néo-Québécois, qui choisissent aussi bien l'option souverainiste que le modèle québécois d'intégration, c'est-à-dire le métissage plutôt que le communautarisme déguisé en multiculturalisme. Cela ne colle pas non plus aux régions du Québec qui accueillent moins d'immigrants, ce qui ne fait pas moins d'eux des personnes vivant au rythme de la mondialisation.

Avant d'accorder une quelconque crédibilité au discours de M. Pettigrew, ce dernier devrait d'abord s'assurer de convaincre les électeurs de sa propre circonscription, qui, rappelons-le, ont failli élire en 2004 (par moins de 500 voix) un bloquiste inconnu.