Lettres: Défis pour Michaëlle Jean

Le Canada a donc une nouvelle gouverneure générale. Même si l'ancienne et la nouvelle proviennent toutes deux des minorités visibles, un monde les sépare toutefois: Adrienne Clarkson est née à Hong-Kong, riche enclave capitaliste; quant à Michaëlle Jean, elle est originaire d'Haïti, le pays le plus pauvre des Amériques.

Ses origines modestes et le capital de sympathie dont elle jouit présentement placent Mme Jean dans une position idéale pour rappeler au gouvernement de Paul Martin l'importance de bonifier les programmes d'aide aux pays les plus démunis.

Certes, le Canada fait déjà beaucoup pour des pays sinistrés comme Haïti et l'Afghanistan. Mais tant d'autres pays souffrent de sous-développement chronique. Or, certains des aspects les plus criants de la pauvreté peuvent être corrigés grâce à des programmes relativement peu coûteux mais efficaces, là où la volonté politique existe.

Par exemple, des fonds mondiaux de lutte contre la tuberculose, la malaria et le sida ont permis de sauver d'innombrables vies, mais demeurent pourtant sous-financés. Quant aux programmes de microcrédit, ils sont encore largement ignorés par les grandes institutions prêteuses malgré le fait qu'ils aient permis à des millions de personnes d'obtenir un petit prêt pour démarrer une entreprise.

Le Canada connaît une croissance économique remarquable et engrange des surplus. Néanmoins, il hausse avec une parcimonie navrante son budget d'aide étrangère. Ainsi, le Canada se situe encore loin de l'objectif fixé par l'ONU aux pays industrialisés de consacrer au moins 0,7 % de leur PIB à ce chapitre.

J'exhorte donc Mme Jean à faire montre de leadership dans ce dossier qui l'interpelle directement et où le Canada a tout intérêt à redorer son blason sur la scène internationale. Voilà une occasion rêvée de faire taire les critiques et de montrer que le rôle de la gouverneure générale n'est pas que symbolique!