Course à la direction du Parti québécois - Ah! si elle était un homme...

En 1985, après la démission de René Lévesque, avant même que la course à la chefferie du Parti québécois ne commence, nous collaborions, mon collègue André Bernard et moi, à la formulation de questions politiques pour une maison de sondage connue. Les sondeurs d'opinion cherchaient à savoir qui, parmi des principales figures du parti, semblait devoir l'emporter. Les noms de Pierre Marc Johnson, de Jean Garon, de Bernard Landry semblaient s'imposer.

Nous avons alors suggéré à la maison de sondage d'ajouter le nom de Pauline Marois dans sa liste des candidats potentiels, même si les journaux de l'époque n'avaient pas encore parlé de sa possible candidature. Je rappelle cela pour montrer que, dans la plupart des pays, les hommes ne pensent pas aux femmes pour diriger un parti politique; la politique, pour beaucoup, c'est et ça reste une affaire d'«hommes»!

Les résultats de ce sondage de juillet 1985 consacré à la succession de René Lévesque furent étonnants: Pauline Marois se retrouvait en deuxième position derrière Pierre Marc Johnson. Nous aimons croire que ces bons résultats ont peut-être aidé la décision de Pauline Marois de se lancer dans la course, à l'époque.

Un handicap

Pourquoi, se demande-t-on, Pauline Marois, qui a occupé d'importantes fonctions politiques au sein de ce parti, qui a toujours fait consciencieusement son travail de députée et de ministre, n'arrive-t-elle pas à s'imposer comme choix évident à la tête du Parti québécois? Le fait que ce soit une femme, femme qui a milité dans une association de femmes (la Fédération des femmes du Québec), est-il pour elle un handicap? Personnellement, j'ai tendance à dire: oui.

Les études scientifiques que j'ai menées auprès des militants et militantes des deux grands partis politiques que sont le Parti libéral du Québec et le Parti québécois, qu'elles remontent à une vingtaine d'années ou qu'elles soient récentes (données publiées en 2003) ont montré que bon nombre de militants et même des militantes, les jeunes surtout, ne sont pas particulièrement favorables aux candidatures de femmes. État de fait plus évident au Parti québécois qu'au Parti libéral, d'ailleurs.

À titre d'exemples: 47 % des 306 militantes du Parti québécois interrogées lors de notre dernière enquête et 25 % des 252 répondantes du Parti libéral se sont dites opposées aux quotas pour contrer la sous-représentation des femmes en politique. Chez les hommes, c'était 65 % des 464 répondants du Parti québécois et 59 % des répondants du Parti libéral qui partageaient ce point de vue (p. 168 et 169 dans Égalité Hommes-femmes...).

Rappelons les propos de ce militant du Parti québécois qui a dit, en entrevue: «Les féministes des comités femmes désirent qu'à chaque élection il y ait une proportion égale d'hommes et de femmes. Moi, je ne suis pas d'accord avec ça. Moi, je ne pousserais pas ma conjointe à militer dans le parti parce qu'il faut des femmes. Les militants sont majoritairement des hommes, il faut faire avec ça» (Égalité hommes-femmes... p. 181).

Être prises au sérieux

Nous avons conclu par cette réflexion (p. 201 et 202): «Cette recherche a effectivement montré qu'il ne suffit pas aux femmes militantes, comme c'était aussi le cas des femmes élues sur la scène municipale que nous avons interrogées lors de nos recherches précédentes, de pouvoir militer dans un parti politique, de pouvoir être candidates et éventuellement de se faire élire, pour être sur le même pied que leurs collègues masculins. Les femmes semblent avoir plus de difficultés que les hommes à être "prises au sérieux" par les dirigeants ou par leurs homologues masculins, et semblent ne pas recevoir l'appui dont elles auraient besoin quand elles envisagent de faire le saut en politique active.»

Si Pauline Marois était un homme, avec les années de bons et loyaux services qu'elle a, il y a fort à parier qu'elle ne rencontrerait pas autant de difficultés pour s'imposer à la tête du Parti québécois.