Libre opinion: Il faut s'attaquer aux infections hospitalières

On parle à nouveau dans les médias de l'épidémie de C. difficile suite à un article du Dr Jacques Pépin et ses collaborateurs du CHU de Sherbrooke, rapporté par le JAMC (Journal de l'Association médicale canadienne) de septembre 2005.

Même si on ne connaît pas le nombre exact de victimes et de décès en l'absence d'un système de surveillance des infections hospitalières comme il en existe dans plusieurs pays occidentaux, les estimations du Dr Pépin sont tout à fait crédibles et comparables à celles publiées dans la littérature médicale internationale.

Ces statistiques rappellent opportunément et malheureusement l'importance des infections nosocomiales (infections contractées à l'hôpital) causées par le C. difficile mais aussi par plusieurs autres bactéries (en particulier le SARM - staphylococcus aureus résistant à la méticilline).

Chaque année, 10 % des patients hospitalisés au Québec sont victimes d'une de ces infections: soit en moyenne 90 000 victimes par an et près de 4000 décès. On meurt plus souvent d'une infection nosocomiale que d'un accident de la route (600 décès par an en moyenne) ou d'un cancer du sein (1450 décès par an). Le coût total de ces infections est d'au moins 180 millions par an, toujours pour le Québec seulement.

Le plus regrettable est qu'il est largement prouvé qu'au moins 50 % de ces infections peuvent être évitées par des mesures de prévention et de contrôle bien connues.

Une diminution de ces infections de 50 % représenterait une amélioration considérable pour la santé des patients, leur survie, leur souffrance, et pour le réseau de la santé, une belle occasion de faire des économies et d'améliorer ses performances dans la qualité des soins et la sécurité des patients.

Les investissements en prévention se payeraient largement par les économies réalisées à court et long terme. En plus, 400 lits pourraient être libérés, des urgences désengorgées, etc. Plusieurs pays, comme la Hollande et les pays scandinaves, ont un taux d'infections nosocomiales très bas parce qu'ils ont pris depuis plus de 10 ans les mesures de prévention et de contrôle nécessaires.

En avril 2005, le Comité d'examens pour la prévention et le contrôle des infections nosocomiales (IN), mis sur pied par le ministère de la Santé, a fait 92 recommandations pour amener le Québec à rencontrer les normes internationales. Le rapport démontre largement que la prévention et le contrôle de ces infections ne sont pas des problèmes budgétaires mais une question de gestion des priorités: la prestation sécuritaire des soins aux patients doit être considérée comme une priorité.

Notre association demande instamment que soient divulgués les taux d'infection des hôpitaux en temps réel — le public qui finance le système de santé par ses impôts a le droit d'être informé. Le taux d'IN est la meilleure garantie de la qualité des soins dans un hôpital.

Notre association demande également que soient appliquées immédiatement les mesures recommandées par le comité. Faudra-t-il encore attendre une autre épidémie de C. difficile ou de SARM pour que le réseau de la santé agisse?