Lettres: À propos de l'investiture de Mme Michaëlle Jean

Les appellations anglaises de «très honorable» et «honorable» se rendent simplement par Madame ou Monsieur en français. La traduction littérale, si répandue, hélas, chez nous, confirme la parfaite ignorance du rapport des langues entre elles et, sous les dehors du bilinguisme, constitue en fait une négation du français. Notre langue est en permanence victime du faux bilinguisme, répandu notamment par les institutions et organismes fédéraux et cautionnés, hélas, par la plupart des médias.

Le titre suranné de «gouverneur général» s'applique à une colonie et est incompatible avec la souveraineté du Canada sur laquelle veille jalousement l'irascible et centralisateur Pettigrew. On aurait pu s'attendre à ce que la nouvelle châtelaine de Rideau Hall posât comme condition de son acceptation la modification du titre. C'était apparemment présumer ou de sa maîtrise de la langue, ou de son courage, ou des deux.

Il convient de rappeler que la première Québécoise ou Canadienne française titulaire du poste, Mme Jeanne Sauvé, exigeait qu'on l'appelât «Madame le gouverneur général», ce qui était conforme au génie de la langue mais suscita les protestations des tenants de la féminisation tous azimuts.

On a dit et répété surabondamment que Michaëlle Jean était devenue citoyenne française en raison de son mariage avec un citoyen français, ce qui est faux. Pareille union ne confère pas, de soi, la citoyenneté. Il faut la demander, la solliciter et remplir les démarches prévues à cette fin. C'est ce que fit, en son temps, Mme Jean. Et son entourage se rappelle sa joie, légitime, lorsqu'elle obtint la nationalité française au bout de quelque trois ans, ce qui est le délai normal.