Lettres: Un slogan qui détend

Le soleil vient à peine de se lever lorsque je découvre le slogan de la prochaine campagne électorale de l'équipe Tremblay: «Go Montréal». L'autobus est plein, les voyageurs, comme moi, ont la mine sombre, renfrognée. Je me risque à demander à la cantonade ce que signifie le slogan de notre maire. Les commentaires ne tardent pas à fuser. «Go Montréal, c'est comme Go Habs go, lance un sportif, comme au Centre Bell, lorsque le Canadien joue.» «Ouais, c'est pas fort», ajoute un autre. «C'est quand au juste la dernière fois que le Canadien a gagné la Coupe Stanley? Ça veux-tu dire que l'équipe Tremblay est une gang de loosers?» Éclats de rire dans l'autobus.

Ma voisine ajoute son grain de sel: «Moi, je pense qu'ils veulent mettre le paquet dans les transports en commun, comme à Toronto. Là-bas, le réseau s'appelle Go Transit. Il paraît que c'est beaucoup mieux qu'ici.» «Mais non, rétorque une autre personne, leur message est simple: Go, ça veut dire va-t-en, je connais mon anglais, moi, OK? Si on déguerpit, ils auront moins besoin de réparer les nids de poule, de construire des logements sociaux, d'ajouter des autobus. À part ça, n'y a-t-il pas une agence de voyage qui s'appelle Go Travel?»

Un homme d'un certain âge lance à la blague: «Moi, ça me rappelle l'époque des danseuses à gogo. Hum! Pensez-vous qu'ils ont l'intention de rendre la ville un peu plus, mettons, sexy?». «Ça m'étonnerait, ironise sa compagne, depuis que Baie d'Urfé et Dollard-des-Ormeaux ont quitté le bateau, j'ai remarqué que les gens se "minouchaient" pas mal plus en public. Tiens, ça me fait penser. Ils auraient dû choisir Come plutôt que Go, comme slogan. Je ne sais pas. Il me semble que ça fait plus chaud, plus chaleureux, plus sexy même.»

À quelques secondes du terminus, une voix forte s'élève: «S'ils parlaient français, peut-être qu'on pourrait le comprendre, leur maudit slogan».

Et c'est ainsi que, bien malgré lui, Gérard Tremblay a contribué, en ce premier matin d'automne, à détendre quelques-uns de ses concitoyens.