Confusion autour de la coke

Dans tout ce qui se dit au sujet d'André Boisclair et de sa consommation de cocaïne, il me semble qu'il y a une certaine dérive. Quelques défenseurs d'André Boisclair s'emportent parce qu'on s'attaquerait à la vie privée de ce dernier et, dans un sens, je serais porté à leur donner raison.

Que nous importe qu'un politicien, qu'un probable premier ministre du Québec ait consommé de l'alcool ou de la drogue, que nous importe même qu'il puisse continuer d'en consommer? D'autres avant lui en ont sûrement fait autant. Comme le souligne fiévreusement Louise Caroline Bergeron dans Le Devoir du 22 septembre dernier, presque tous les membres de la fameuse génération du baby-boom ont sans doute autant dérapé qu'André Boisclair, sinon plus.

Cependant, je suis de ceux qui pensent qu'André Boisclair devrait se montrer encore plus transparent qu'il ne le fait présentement sur cette époque pas si lointaine de sa vie pendant laquelle il a consommé de la cocaïne.

Contrairement à ce que prétend Mme Bergeron, consommer de la drogue, et en particulier de la coke, n'est pas nécessairement synonyme de plaisir mais aussi, et surtout, de valeurs particulières. Parce que le problème avec la coke, contrairement à l'alcool, ce n'est pas uniquement la consommation qu'on en fait, mais davantage les relations qu'on est alors obligé d'entretenir avec les pires réseaux de criminels. Quelle était la relation d'André Boisclair avec le monde des trafiquants ?

La criminalité qui contrôle les faibles

Le trafic de la drogue conduit directement au réseau de criminels le plus sévère, c'est-à-dire ceux qui cherchent à contrôler, à enrégimenter, à asservir les milieux les plus faibles d'une société.

C'est par le trafic de la drogue que s'exerce le contrôle de la prostitution: dans ce domaine, on n'éprouve aucune gêne à détourner une jeune victime mineure si son corps peut apporter profits et plaisirs. C'est encore le trafic de la drogue qui est responsable des pires injustices et des pires actes de violence qui se déroulent parfois dans les régions les plus démunies du globe et même dans les quartiers plus défavorisés d'ici.

Comment André Boisclair vivait son rapport à la consommation de cocaïne? Comment se la procurait-il? En a-t-il suffisamment consommée pour être obligé d'entretenir des contacts réguliers avec un groupe criminel? Est-il assez détaché de ce réseau criminel pour occuper une fonction de défenseur des lois sociales? Comment justifie-t-il aujourd'hui le fait qu'il contribuait, par sa consommation, à un des plus importants problèmes criminels de notre époque?

Parce qu'il veut exercer une haute fonction politique, André Boisclair doit nous rassurer. Y a-t-il un quelconque danger pour que des éléments de son passé de consommateur reviennent hanter le politicien? Quelqu'un du milieu criminel pourrait-il faire pression sur celui qui se retrouvera sans doute en situation de haut pouvoir? C'est cela qu'André Boisclair doit éclaircir, et rien d'autre.

Et si certains individus voient dans la consommation de cocaïne d'un probable premier ministre une raison de se réjouir sous prétexte que ce serait là le signe d'une vie équilibrée axée sur le plaisir, j'avoue en être sidéré: ce n'est rien d'autre qu'un geste irresponsable, voire dangereusement égoïste, et je ne saisis pas en quoi il serait souhaitable qu'un politicien possède ces qualités, surtout s'il aspire au poste de chef d'un parti appelé à prendre le pouvoir.