Du simple réalisme politique

Louise Caroline Bergeron se désole d'être considérée comme adolescente par les «rédacteurs de journaux» (sic). Or sa prose trahit bien la révolte puérile inhérente à cet âge ingrat. «C'est ma génération que vous attaquez»: la voilà lancée, sabre au clair, à notre défense. Toute seule. Car sa philippique est basée sur un immense malentendu. Le minable jaunisme politique dont est victime André Boisclair n'a rien de générationnel. Ce ne sont pas des baby-boomers qui attaquent un X, mais bien un clan qui en démolit un autre. Ça s'appelle P-O-L-I-T-I-Q-U-E. C'est un sport de combat. Et les journalistes adorent, ça fait vendre de la copie.

J'ai quitté le Plateau en 1998; la go-gauche conspirationniste, bien davantage que la drogue, y altérait déjà les intellects, mais alors là, chapeau. On y est sans doute toujours aussi branché, mais c'est à se demander sur quoi. Soixante millions pour le CHUM l'an dernier? Hello! Ça fait depuis les années 1920 qu'on en parle. Et de quels «procès secrets au Canada» s'agit-il, au juste?

Quant à la pointe, elle tombe à plat: les trentenaires ont aussi des VUS, des seins refaits, des cuisines shinées. Pas loin. À Longueuil, c'est plein. Et que Mme Bergeron dorme tranquille: la méchante ZLEA n'est plus sur le radar. Fini. Depuis le 11 septembre 2001, à 8h46 du matin. C'est qu'il s'en passe des choses, au sud de la rue Sherbrooke. Et même à l'est de Papineau.

On croit rêver lorsque Mme Bergeron — après un procès pour puritanisme allégué — reproche aux boomers de ne pas avoir été, en somme, assez conservateurs. C'est qu'ils divorçaient au lieu de raconter contes et légendes à leurs petits X. Il faut relire trois fois. Et c'est pas fini: un conseil des ministres composé de Joseph Facal et Françoise David? Avec Janette Bertrand et Amir Khadir? Et les Cowboys Fringants au complet? Et un frosté dur pour PM? C'est qu'il faut en prendre, du stock, juste pour «essayer les drogues de partout dans le monde». Mais peut-être ai-je l'esprit trop étroit: je n'ai pas saisi l'ironie. Il faudrait que je change de pusher. Le Club Compassion peut-il traiter mon cas désespéré de réalisme politique?

S'il faut absolument entrer dans cette fausse dichotomie générationnelle, j'affirme sans nuance que les boomers — et les Y — sont moins puritains que les X. Et je n'en ai jamais vu un seul «refuser du plaisir» à un trentenaire (celle-là, je la pige toujours pas), ou «remettre en cause ses compétences». À moins qu'il fut incompétent. Ça arrive. Sur ma planète, on a davantage de trips personnels intenses et de lourdes responsabilités professionnelles avant 30 ans que bien de nos aïeux réunis. C'est pas qu'on est plus fins. C'est juste l'époque.

«Assez d'automates à la langue de bois à Québec.» Bravo! J'en suis. Hélas, c'est précisément ce qui est reproché — avec raison — à la génération de politiciens professionnels que Mme Bergeron prétend défendre.