«Il est fini le temps des deux solitudes»

Extraits du discours d'installation prononcé hier

Le métier de journaliste, que j'ai pratiqué avec passion et conviction, m'a permis d'être le témoin privilégié de bien des bouleversements et de cette ouverture sans précédent sur le monde. Sachez que j'entends rester à l'écoute et que ma curiosité reste vive. J'estime que nous sommes à un point tournant de l'histoire des civilisations et que notre avenir repose, plus que jamais auparavant, sur celles et ceux qui nous forcent à imaginer le monde de demain. Ces femmes et ces hommes qui déploient aujourd'hui les multiples facettes de nos possibilités. Qui gravent dans notre mémoire la mesure de nos aspirations. Qui nous tendent un miroir où se révèle l'écart entre ce que nous sommes et ce que nous aspirons à être.

Il est fini le temps des «deux solitudes» qui a trop longtemps défini notre approche de ce pays. L'étroitesse du «chacun pour soi» n'a plus sa place dans le monde actuel qui exige que nous apprenions à voir au-delà de nos blessures et de nos différends pour le bien de l'ensemble. Bien au contraire, nous devons briser le spectre de toutes les solitudes et instaurer un pacte de solidarité entre tous les citoyens qui composent le Canada d'aujourd'hui. Il y va de notre prospérité et de notre rayonnement partout où l'espoir que nous représentons apporte au monde un supplément d'âme.

C'est dans cette perspective que j'entends m'assurer que cet espace institutionnel que j'occupe à compter d'aujourd'hui soit plus que jamais un lieu où la parole citoyenne trouvera un écho et où prévaudront les valeurs de respect, de tolérance et de partage qui sont si chères à mes yeux et à ceux de toutes les Canadiennes et de tous les Canadiens. Je dirais même que ces valeurs sont pour moi souveraines et sont inextricablement liées au Canada que j'aime. Mon mari, Jean-Daniel Lafond, et moi-même souhaitons rallier les forces vives autour de ces valeurs qui nous rassemblent et qui ont une portée universelle.

Rempart contre la barbarie

Il est une phrase de Montesquieu, ce philosophe du siècle des lumières, qui résonne beaucoup en moi et que j'aimerais partager avec vous. Elle dit que «le devoir du citoyen est un crime lorsqu'il fait oublier le devoir de l'homme». J'ajouterais, évidemment, de la femme, puisque nous aimons être nommées à part entière. Eh bien, cette phrase m'inspire et me réconforte à la manière d'un rempart contre la barbarie qui afflige tant de peuples en ce monde. Elle me rappelle aussi la chance que nous avons toutes et tous d'être citoyennes et citoyens d'un pays qui ne craint pas de faire reculer les préjugés et dont la générosité est notre plus bel étendard dans le concert des nations.

À titre de gouverneure générale, j'entends mettre en valeur cet élan de générosité dont les Canadiennes et les Canadiens ont souvent su faire preuve au fil de l'histoire, depuis nos anciens combattants et nos Forces canadiennes, dont les sacrifices sont innombrables, jusqu'aux nombreux volontaires de l'action humanitaire qui travaillent souvent dans l'ombre au nom d'un idéal pacifique de liberté et de justice.

Les jeunes

Je veux aussi et surtout que nos jeunes soient nos porte-étendard. Je veux qu'ils puisent à pleines mains dans ce trésor énorme qu'est le Canada. [...]

Rien ne me semble plus indigne de nos sociétés modernes que la marginalisation de certains jeunes conduits à l'isolement et au désespoir. Nous ne devons pas tolérer de telles dérives. Après tout, nos jeunes nous aident à redéfinir la grande famille à laquelle nous appartenons toutes et tous dans un monde de moins en moins étanche, de plus en plus ouvert. Ils sont la promesse de notre avenir. Il est donc de notre devoir de les engager à participer à cette réinvention du monde et de leur communiquer cet esprit d'aventure que nos ancêtres nous ont transmis, quelles que soient leurs origines. Il faut donner aux jeunes le pouvoir et surtout l'envie de faire ressortir leur plein potentiel. À cela, je veillerai, et j'invite tous et chacun à m'aider dans cette tâche primordiale.

Je suis animée de l'espoir de rencontrer très bientôt mes compatriotes et je suis forte de la conviction que le Canada doit continuer à accomplir de grandes choses si nous travaillons ensemble au mieux-être de la population et de l'humanité. Notre pays est si vaste et si riche dans ses coloris et ses accents. Plusieurs d'entre nous n'avons pas la chance d'en mesurer l'étendue. Je sais combien je suis privilégiée. D'où mon impatience et ma hâte d'aller à votre rencontre et d'amorcer avec vous le dialogue qui est pour moi l'acte fondateur de ce pays.