Libre opinion: Les berceaux bleus de Michel Venne

Michel Venne me reproche («Entre confiance et méfiance», Le Devoir, 19 septembre 2005) d'avoir fait flèche de tout bois en encourageant les jeunes libéraux à Trois-Rivières à relever la tête et à célébrer la confiance qu'a toujours incarnée notre courant politique, contribuant ainsi énormément au développement du Québec au cours des 150 dernières années.

Le même Venne, dans un article publié dans L'actualité du 1er septembre 2005, arguait que le déclin démographique du Québec, problème majeur pour nous tous s'il en est, représentait «une occasion en or pour les souverainistes». Si ce n'est pas faire flèche de tout bois. Voilà qui trahit bien la mentalité que je cherchais à dénoncer devant les jeunes libéraux! Comme si ce déclin n'allait pas nous affaiblir objectivement et comme si l'indépendance allait nous rendre moins minoritaires en Amérique du Nord.

Pire encore. Tout en saluant la contribution de l'immigration, les Abdallah, Nguyen et Rodriguez, à notre démographie, M. Venne exprime clairement son appartenance au courant bleu. En conclusion de son article, il cite avec nostalgie le démographe David Foot qui aurait remarqué une augmentation de la «natalité» dans les cinq années qui ont suivi l'élection du PQ en 1976. L'auteur trahit sa vraie pensée, démontrant bien de quel bois il se chauffe: l'indépendance donnera envie de remplir les berceaux. Femmes du Québec, tenez-vous-le pour dit!

Et pourtant, il a tort car, tant au chapitre de l'immigration qu'à celui de la natalité, Claude Ryan a démontré dans son superbe texte sur les valeurs libérales publié juste avant la dernière élection provinciale, que «natalité ET immigration» confondues, la population québécoise avait connu un surplus de 100 000 citoyens immigrants au cours des 16 années libérales par rapport aux 16 années péquistes, ainsi qu'un surplus annuel moyen de nouvelles naissances d'environ 4422 individus en faveur des années libérales.

De toute façon, le libéral croit que le vrai respect des communautés culturelles consiste à les considérer sur un pied d'égalité comme Québécois à part entière, où qu'ait été le berceau de leur enfance.

J'invite tous mes concitoyens à rejeter le courant bleu qui mine la confiance des Québécois et cherche à nous ramener à des solutions dépassées comme l'indépendance et la revanche des berceaux.

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Réplique de Michel Venne

J'invite les lecteurs du Devoir à lire eux-mêmes mon article publié dans L'actualité. Ils verront que M. Pettigrew m'invente des propos et des intentions. Quand on est rendu là, c'est vraiment qu'on est à court d'argument.

Nulle part je ne propose une revanche des berceaux. Au contraire, j'invite à faire face au déclin démographique projeté en toute lucidité. Quant aux immigrants, je suggère qu'ils se sentiraient justement davantage «Québécois à part entière» si le Québec était souverain et que c'était lui qui leur attribuait la citoyenneté.

M. Pettigrew se ridiculise avec cette thèse des bleus contre les rouges. Son but est toutefois évident: étiqueter les souverainistes comme rétrogrades. Au fond, c'est M. Pettigrew qui ressemble à Duplessis, à une différence près. Pour lui, l'enfer est bleu et le ciel est rouge. Pitoyable.