Libre opinion: Les plans de MM. Bernard et Turp ne mènent pas à un pays

J'ai lu et relu les lettres de MM. Louis Bernard et Daniel Turp publiées dans Le Devoir du jeudi 15 septembre ainsi que du vendredi 16 septembre derniers. Disons-le franchement: jamais nous ne parviendrons à construire le pays avec les plans et les démarches proposés par Louis Bernard et Daniel Turp. Pourquoi? Parce que les deux hommes refusent tout simplement de prendre acte des gestes de ruptures faits par le gouvernement fédéral depuis 1982 et surtout depuis 1995...

Louis Bernard me fait penser à l'entraîneur en chef d'une équipe de hockey en finale de la Coupe Stanley. Imaginons un peu: c'est la septième partie, la partie décisive, deux périodes sont jouées. En première période, nous avons marqué un but, l'adversaire deux buts. Nous avons bien vu que l'adversaire a triché, mais nous fermons les yeux...

En deuxième période, nous marquons un but et nos adversaires aussi. Cette fois, c'est clair... l'équipe des rouges a triché. L'équipe des rouges a joué avec deux fois plus de joueurs que ce que le règlement permet. L'arbitre ferme les yeux, il a été acheté par l'équipe des rouges. Qu'importe! notre entraîneur en chef va garder le même plan de match pour la troisième période que pour la deuxième. Et si, par miracle, nous parvenons à gagner la partie, notre entraîneur en chef prendra le temps de négocier la Coupe avec l'équipe des rouges plutôt que de se proclamer vainqueur.

Deux mots me viennent à l'esprit pour décrire le plan de Louis Bernard: irresponsable et suicidaire!

Je suis étonné, estomaqué renversé même, de lire dans le texte de Louis Bernard l'affirmation suivante et je cite: dans l'éventualité d'une déclaration unilatérale d'indépendance «il sera impossible pour le Québec de prendre la relève et d'assurer la continuité des programmes et des services fédéraux puisqu'il n'aura ni l'information ni les fonctionnaires ni l'argent pour le faire». Vraiment? J'ai peine à croire que c'est celui qui a exercé les fonctions de secrétaire général du gouvernement du Québec qui tient un pareil discours, un discours qui soulève des peurs et des craintes dans la population.

La capacité et les moyens!

Il faut le dire haut et fort! Le Québec a la capacité d'assurer et aussi de mettre en oeuvre tous les programmes et tous les services que la population du Québec aura décidé de se donner! Le Québec dispose d'une fonction publique compétente et de toutes les informations nécessaires en plus d'une organisation étatique capable de financer et de prendre en charge tous les programmes et les services fédéraux avant, pendant ou après la proclamation d'indépendance.

Je suis toutefois d'accord avec Louis Bernard sur un point: les juges de la Cour suprême stipulent clairement qu'avant de procéder à une déclaration d'indépendance, le gouvernement du Québec a l'obligation constitutionnelle de négocier. Pour le reste, nous sommes totalement en désaccord. La même obligation est faite au gouvernement fédéral, mais il a déjà répondu par sa Loi sur la clarté référendaire: il ne reconnaîtra pas le résultat du référendum, et donc il ne négociera pas! J'en ai pris acte. Louis Bernard devrait avoir le courage d'en prendre acte comme tous les candidats à la direction du Parti québécois.

Arsenal pour contester

Quant à mon collègue Daniel Turp, il reconnaît que le contexte politique a radicalement changé depuis 1995. Tout de même! C'est vrai! Le gouvernement fédéral a fait des gestes de ruptures pour contrer la volonté démocratique du peuple québécois d'accéder à son indépendance! Le gouvernement fédéral a violé les règles de la démocratie québécoise au référendum de 1995. Avec le scandale des commandites, le gouvernement fédéral a eu recours au détournement de fonds public, à la fraude et à la corruption pour empêcher l'expression démocratique des Québécois d'accéder à l'indépendance!

Avec l'avis de la Cour suprême sur la sécession et la Loi sur la clarté référendaire, le gouvernement fédéral s'est donné un arsenal juridique pour contester la légitimité d'un référendum avant même la tenue de celui-ci. Est-ce que M. Turp et M. Boisclair en ont pris acte? Pas du tout!

Je m'explique. Revenons à la finale de la Coupe Stanley. Nous sommes au début de la troisième période. Nous savons que l'équipe des rouges a joué avec deux fois plus de joueurs que nous. Notre entraîneur en chef décide de garder le même plan de match. Nous savons que nous ne pouvons pas gagner. Quel risque y a-t-il à crier haut et fort devant les partisans que nous nous proclamerons vainqueur si nous gagnons la partie alors que nous savons d'avance que nous allons perdre...

Gestes sans effet

M. Turp nous propose de faire des gestes avant le référendum qui n'auront aucun effet juridique ni aucune effectivité avant le référendum. Des lois seront adoptées par l'Assemblée nationale, mais ne seront pas appliquées. M. Turp nous propose de faire de la «parlotte» jusqu'au référendum, laissant ainsi tout le champ libre à Ottawa pour violer les lois de la démocratie québécoise.

Je suis le seul candidat à proposer un plan, une démarche d'accession démocratique à l'indépendance qui nous permettra de contourner et de faire face à l'appareil financier, législatif et juridique mis en place par le gouvernement fédéral pour écraser le Québec.

Soyons sérieux. Si on veut faire respecter la démocratie au Québec, il faut que l'Assemblée nationale assume ses responsabilités. Un gouvernement issu du Parti québécois devra, aussitôt élu, faire adopter par l'Assemblée nationale une Constitution provisoire et des lois qu'il mettra en application bien avant la tenue du prochain référendum. Cette Constitution et ces lois édicteront des règles démocratiques claires qui devront s'appliquer lors de la campagne référendaire.

Il appartient à l'Assemblée nationale du Québec de faire en sorte que les Québécoises et les Québécois pourront s'exprimer librement sur l'avenir de notre pays.