Lettres: Personne n'en parle

Lettre ouverte à Liza Frulla, ministre responsable de Radio-Canada.

Ah! le beau dimanche soir devant le petit écran financé à la base par nos impôts. On y présente, à 22h30, un intéressant documentaire de Manon Barbeau sur Victor-Lévy Beaulieu. Mais on risque peu d'en discuter à l'école ou au bureau lundi matin, vu l'heure tardive de diffusion.

D'ailleurs, cela vaut mieux, semble-t-il, dans l'esprit des responsables de la programmation de Radio-Canada. N'est-ce pas snob, pour ne pas dire élitiste, de parler littérature ou écrivain? Il est bien plus approprié d'offrir les ondes de la télé publique aux Gilles Proulx de ce monde, qui sévissent déjà dans les stations privées. Ou encore de donner dans le set carré du vedettariat médiatique: Guy A. qui invite Janette qui invite Guy A. qui invite Patrice qui invite Dany qui invite Renée-Claude qui invite... Se peut-il qu'en plus on paie un cachet à Gilles Proulx?

Il est devenu évident que la direction de R-C a renié l'essentiel du mandat qui est le sien. La télévision publique ne doit pas offrir essentiellement ce que les chaînes privées servent déjà amplement. Au contraire, son rôle est de programmer entre autres des émissions dont le contenu contribue à l'enrichissement de la «culture seconde». Et ce rôle appartient d'abord à une chaîne généraliste, qui s'adresse à tout le monde, car il s'agit d'ajouter à la culture commune de notre société. On peut très bien enrichir sa culture scientifique en écoutant Découverte à 18h30 et sa culture artistique ou littéraire une heure plus tard.

Pour que Radio-Canada recommence à jouer son vrai rôle, il faut que le gouvernement canadien en rétablisse le financement adéquat, de sorte qu'elle ne dépende plus autant des commandites publicitaires et qu'ainsi elle échappe à la dictature des cotes d'écoute. N'êtes-vous pas de cet avis, Madame la ministre?