Lettres: Le Grand Prix de la bêtise

Mon père est décédé d'un cancer un vendredi de 1996, pendant la fin de semaine du Grand Prix de Trois-Rivières. Il avait toujours détesté le «sport» automobile et, à plus forte raison, ce Grand Prix où les bolides circulent dans les rues de la ville. Ironie du sort, nous avons dû subir les pétarades du Grand Prix tout le long de ses funérailles. Depuis lors, je me suis promis de détester cet événement mieux que quiconque.

Il est possible que cette activité génère des retombées économiques pour Trois-Rivières. Sans doute que les hôteliers et les restaurateurs y trouvent leur compte. Rabat-joie comme je le suis, je ne vois que les retombées en termes de pollution par le dioxyde de carbone et par le bruit. À une époque où les gouvernements s'appliquent à réduire l'émission des gaz à effet de serre, on peut s'étonner que la course automobile soit encore à la mode.

J'apparente la course automobile à la chasse aux bisons à l'époque de Buffalo Bill, qui se vantait d'en avoir tué des milliers, se contentant de leur couper la langue pour ensuite laisser pourrir les carcasses au soleil, au grand dam des autochtones qui voyaient là un affront à la nature. Selon moi, la course automobile et la chasse aux bisons sont des sports égoïstes de visages pâles qui se moquent de tuer pour le plaisir, de polluer pour le fun...

Pendant ces trois jours d'enfer où durera le Grand Prix, de pauvres types se prendront pour des fous du volant sur nos routes, faisant crisser leurs pneus au centre-ville devant le regard médusé des piétons qui devront y penser à deux fois avant de traverser la rue. Le Grand Prix fera certainement fuir quelques résidants du secteur n'ayant pas les oreilles ou les narines à la fête. En fait, cette activité n'est rien d'autre qu'une nuisance publique.

Dans une ville comme la nôtre, au confluent de deux grands cours d'eau majestueux, je m'étonne que nous misions si peu sur l'écotourisme. Je m'étonne que nous fassions de Trois-Rivières une réplique en plâtre défraîchi de Monaco. Je m'étonne que nous laissions les voitures de course et les motomarines gâcher l'oxygène de la capitale de la Mauricie.

Quoi qu'il en soit, je me promets d'aller me recueillir sur la tombe de mon père le jour où on m'annoncera que le Grand Prix de Trois-Rivières ne reviendra plus. Ce sera un jour aussi marquant que celui où on a cessé le flottage du bois sur la rivière Saint-Maurice. Je ferai une croix dans mon calendrier et célébrerai cette date chaque année, promis!

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