Contribution volontaire pour droits d'auteur

L'industrie du disque monte encore aux barricades à l'idée qu'une autre occasion de perdre quelques ventes point à l'horizon. Ne soyons pas dupes! Il est évident, avant même de savoir que la Grande Bibliothèque est munie de graveurs, qu'il y aura, d'une façon ou d'une autre, copies illégales de disques compacts et de DVD. Comme il y en a toujours eu. Et ce n'est pas tout! Saviez-vous qu'on pouvait faire des photocopies dans la même institution? Bien sûr!

«Tous ces livres vous appartiennent»: le titre évocateur de l'une des premières expositions présentées à la Grande Bibliothèque donne le ton dès l'inauguration de l'établissement. Gratuité et accessibilité sont les mots d'ordre, et ce, dans un désir louable de démocratisation de la culture.

Lorsque j'ai fait la visite guidée de la bibliothèque nationale, les questions qui revenaient le plus souvent de la part des utilisateurs novices étaient: «Mais ça, est-ce que c'est gratuit? Et la location de DVD, pas besoin de payer? Et si on n'habite pas à Montréal, y a-t-il des frais?», et la patiente guide de répondre à chaque fois «qu'à part les frais de retard, oui, tout est gratuit ici!». Et c'est bien la philosophie que Mme Lise Bissonnette a voulu mettre de l'avant dans la mise en branle de son grand projet.

Il ne faut pas oublier que lorsque la bibliothèque acquiert de nouveaux documents, elle en paie les redevances. En quoi est-ce que copier un disque après l'avoir emprunté d'une institution qui a payé des droits d'auteur serait plus mal que de l'emprunter tout simplement?

Évidemment, cette politique est loin de rejoindre la mentalité des gens d'affaires de ce que l'on nomme désormais «l'industrie de la culture», deux mots qui, à mon avis, font une bien triste paire. On oublie bien souvent que la culture ne devrait pas être un bien de consommation, mais un lieu d'identité à partager. Même si les droits d'auteur sont une nécessité pour la survie de l'artiste, je continue à croire qu'un compromis est possible entre impératifs capitalistes et encouragement de la culture. En ce sens, l'ADISQ a bien su ajuster le tir en sensibilisant la population aux besoins de l'industrie sans accuser à tort et à travers les fournisseurs de services Internet, les disques vierges et les photocopieurs.

Petit code de déontologie du téléchargement illégal

Pour ma part, et je ne suis certainement pas la seule, j'ai construit mon propre code d'éthique afin de télécharger sans remords, et de graver en toute tranquillité d'esprit.

La personne qui s'adonne à la copie illégale:

- doit s'abstenir de copier des documents d'artistes québécois;

- ne doit pas pirater les produits d'étiquettes indépendantes;

- doit s'en donner à coeur joie dans le téléchargement des majors américains;

- peut télécharger ou copier des documents qui sont discontinués ou non disponibles au Québec;

- peut télécharger illégalement plus ou moins sans remords si elle juge que l'artiste a déjà fait assez d'argent;

- peut outrepasser le code de déontologie si elle se promet d'acheter le produit après coup s'il en vaut la peine, ou si elle est financièrement mal en point.

Ces quelques petites règles toutes simples ont fait qu'en un an, j'ai plus que doublé ma consommation de disques québécois. (En fait, j'ai acheté mes cinq premiers disques québécois cette année...) C'est d'ailleurs avec un grand plaisir que je me suis procuré l'album de DJ Champion même si mon coloc l'avait déjà. Après l'excellent spectacle gratuit qu'il nous a donné aux FrancoFolies, c'était la moindre des choses.

Cette nouvelle morale s'apparente à la philosophie de la contribution volontaire. Que tous puissent en profiter, mais que ceux qui en ont les moyens encouragent l'industrie.

Ce que M. Edouardo Da Costa, gérant d'artiste et producteur, n'a pas compris, c'est que non seulement la copie illégale a toujours existé et perdurera, mais que de toutes façons, ce n'est pas un si grand mal. À ce chapitre, le succès des Cowboys Fringants en France est éloquent. Jamais tel triomphe à l'étranger n'aurais été possible sans l'aide de ce fameux distributeur qu'est Internet.

Aussi, je m'excuse Ariane d'avoir téléchargé quelques pièces de ton Aquanaute. C'était avant de faire assez d'argent pour profiter de ton talent. Je te promets que le prochain, je l'achèterai et, s'il est bon, j'irai peut-être même voir ton spectacle.