Lettres: Une occasion ratée

Michaëlle Jean... Au cours des derniers mois, lorsque je regardais RDI, je rigolais chaque fois que je voyais un message publicitaire pour son émission de rencontres avec des pelleteurs de nuages. On aurait dit que la précieuse journaliste — toute respectable soit-elle — arrivait à l'écran à reculons, en se poussant avec les pieds sur une chaise à roulettes. C'est un peu de cette manière qu'elle fait son entrée dans l'histoire canadienne: elle a beau avoir toutes les qualités, elle arrive à reculons en se poussant sur une chaise à roulettes et, en plus, pour nous vendre une salade depuis trop longtemps fanée.

À ce propos, un collègue de travail me soulignait, au moment de la nomination de Mme Jean, qu'il était déçu car il ne s'attendait pas à ce qu'une intellectuelle aussi intègre accepte un poste de pacotille comme celui-là. Il considérait qu'elle aurait plutôt dû prôner son abolition. Sur le coup, je lui ai répondu qu'il devait être très dur de refuser un poste merveilleusement alléchant comme celui-là et que ce serait l'enfer de tenter de modifier la Constitution canadienne pour abolir le système actuel. Ce sont des arguments valables et bêtement réalistes, et c'est justement le problème.

Je m'explique. Retournons quelques jours en arrière et imaginons le scénario suivant: Michaëlle Jean — irréprochable, majestueuse, pure et forte — monte sur le podium, entourée d'unifoliés, pour accepter sa nomination au poste de gouverneur(e) général(e) du Canada. Coup de théâtre! Elle refuse et dénonce tout ce que l'on sait sur ce relent malodorant du colonialisme et sur les manoeuvres politiques tout aussi nauséabondes des fédéraux. Là, elle aurait fait une entrée à sa mesure dans l'histoire. Là, elle aurait atteint immédiatement un statut d'héroïne nationale (au Québec), statut qui colle, me semble-t-il, bien plus à ce qu'on aurait pu s'attendre d'elle.

On a besoin de s'élever au-dessus de notre condition actuelle, de brasser les choses. Elle aurait pu le faire. Hélas, elle a manqué sa chance. Michaëlle aura préféré, comme dans ses pubs, arriver à reculons sur une chaise à roulettes... et sa nouvelle chaise grince bien plus que la précédente, qu'elle ne retrouvera plus jamais.