Le désengagement de Gaza, la barrière de sécurité et la paix

Dans le texte intitulé «Une prison à ciel ouvert», publié le 12 août 2005 en page Idées du Devoir, Mme Phyllis Bennis et M. Ahmed Abdirahman exposent leurs opinions sur le conflit israélo-palestinien. Les affirmations qui y figurent appellent des rectifications et des mises au point importantes.

Mme Bennis et M. Abdirahman estiment que, «malgré les apparences, le retrait de Gaza annoncé par Ariel Sharon n'est pas un pas en avant» vers la fin de l'occupation. Ce qu'ils ne nous expliquent pas, c'est pourquoi le président de l'Autorité palestinienne fait placarder partout à Gaza des affiches proclamant le contraire. Pourquoi le Hamas lui-même fête-t-il ce retrait (de façon aussi inquiétante et aussi belliqueuse, comme on l'a vu)?

Soyons sérieux et voyons les choses comme elles sont: le désengagement est un geste unilatéral de bonne volonté qui, respectant les dispositions de la «feuille de route», représente une concession importante pour Israël. Néanmoins, les cosignataires de l'article cité s'obstinent à refuser de voir là le témoignage concret d'un désir de paix. Restons sérieux: on ne peut à la fois dénoncer comme insupportable et scandaleuse la présence de «colonies» juives à Gaza et ne pas considérer comme positif leur démantèlement.

À propos du mur

Mme Bennis et M. Abdirahman invoquent à plusieurs reprises la loi internationale et s'en prennent longuement au «mur» qui est achevé autour de Gaza depuis quatre ans et en voie de construction en Judée-Samarie. À ce propos, il faut rappeler quelques vérités élémentaires.

Sur le «mur» lui-même d'abord. La plupart des photos publiées dans les médias montrent la clôture comme un mur, alors qu'en réalité 97 % de cette clôture est faite de fils de fer. Les 3 % constitués de mur dur (sept kilomètres) se situent le long de routes principales israéliennes pour empêcher les terroristes de tirer sur les véhicules israéliens. Le reste est un grillage électronique, non électrifié, équipé d'un système de détection par signal sonore, destiné à donner l'alerte en cas d'infiltration. Chaque tentative est signalée à un centre de contrôle qui active une caméra, ce qui permet l'intervention des forces de sécurité pour sauver des vies humaines.

Quant à son efficacité, qu'on en juge: diminution de 90 % des attentats, de 70 % des morts et de 85 % des blessés, 1200 terroristes arrêtés, 63 attentats suicide contrecarrés, le tout dans la zone sécurisée par la barrière.

Sur son tracé ensuite. La barrière est construite principalement sur des terres communales et non privées. Elle parcourt, oui, certaines terres agricoles appartenant à des fermiers palestiniens. Mais il faut savoir qu'environ 75 millions de dollars ont été débloqués par le gouvernement israélien afin de les indemniser pour l'usage de leur terrain. Cela correspond à cinq ans de revenus pour les personnes affectées par sa construction. Cette somme est renouvelable tous les cinq ans.

De plus, les fermiers peuvent choisir de nouveaux sites, libres d'accès, sur lesquels les arbres seront replantés. Jusqu'à présent, plus de 60 000 oliviers ont été replantés dans le cadre de cette procédure. De plus, les fermiers palestiniens mécontents peuvent se plaindre à la Cour suprême d'Israël et certains d'entre eux ont eu gain de cause! Si la barrière ne suit pas intégralement la ligne verte, c'est qu'elle n'est pas une frontière politique. Elle est amovible et temporaire: la frontière définitive, fixe, sera déterminée ultérieurement par des négociations de paix. La barrière de sécurité n'est donc pas en contradiction avec l'établissement d'un État palestinien indépendant.

Sur l'avis de la Cour internationale de justice

La Cour internationale de justice (CIJ), saisie par l'Assemblée générale des Nations unies, a effectivement donné, le 9 juillet 2004, un avis sur les conséquences juridiques de l'édification de la barrière de sécurité. Mais ce que Mme Bennis et M. Abdirahman ne disent pas, c'est que cet avis est purement consultatif et nullement exécutoire.

On peut aussi, comme beaucoup d'experts en droit, estimer qu'il s'agit d'une politisation regrettable du droit international et que la CIJ n'est pas le lieu approprié pour traiter de ce sujet. En outre, elle le fait de façon partielle, sans tenir compte du protocole agréé par les deux parties, la «feuille de route», qui traite, elle, dans sa globalité et sa complexité, du conflit israélo-palestinien et demande en premier lieu de faire cesser le terrorisme.

D'autre part, nos auteurs semblent totalement ignorer les décisions de la Cour suprême d'Israël qui n'a pas hésité à exiger un déplacement de la barrière chaque fois qu'elle a estimé que les critères sécuritaires pris en considération étaient disproportionnés par rapport aux exigences humanitaires.

Et puisqu'on invoque le droit, ne faut-il pas rappeler que le premier des droits de l'homme est le droit à la vie? S'il n'y avait pas de terrorisme, la barrière ne serait pas nécessaire. L'ancien premier ministre d'Israël Yéhud Barak a récemment déclaré: «Nous avons 900 raisons de construire cette barrière, vous pouvez compter ces raisons dans nos cimetières.» Pourquoi et Mme Bennis et M. Abdirahman passent-ils sous silence les 19 000 attaques, les 900 morts et les 6000 blessés par ce terrorisme depuis le début de la deuxième intifada? Ne sont-ils pas plus importants qu'une attente, certes pénible, à des points de passage?

Nos auteurs semblent aussi ignorer que depuis l'établissement de la barrière, les points de contrôle ont nettement diminué et les permis de travail ont triplé, permettant à bon nombre de résidents de Samarie de trouver un emploi!

De l'huile sur le feu

Le texte de M. Abdirahman et Mme Bennis se termine par un appel à l'action adressé aux Canadiens. Il parle de boycottage, de désinvestissement et d'autres sanctions économiques contre le gouvernement israélien et les institutions et corporations qui travaillent avec lui.

Au lieu de jeter de l'huile sur le feu et de condamner cyniquement les efforts concrets et les concessions douloureuses d'Israël dans la recherche de la paix, les personnes de bonne volonté et les ONG humanitaires devraient en priorité soutenir ces efforts et prendre en considération le prix humain (les souffrances de la mort et de la vie sous la terreur) et le coût financier (des millions de dollars) qu'ils entraînent pour les Israéliens. L'attitude opposée, dont le texte de M. Abdirahman et Mme Bennis n'est qu'une des manifestations parmi — hélas! — de nombreuses autres, témoigne non d'un désir de paix et de justice, mais d'un extrémisme belliqueux de bien mauvais augure.

Israël vit des moments particulièrement douloureux avec le retrait de Gaza. Les hommes et femmes de bonne volonté auront l'honnêteté intellectuelle de considérer cette situation comme la preuve supplémentaire, qu'une fois de plus Israël saura poser sur le terrain tous les gestes nécessaires, lorsqu'il trouvera un interlocuteur pour la paix. C'était le cas pour le démantèlement (par Sharon!) de Yamit et de huit autres implantations lors du retrait du Sinaï après les accords avec l'Égypte, c'était le cas pour le retrait du sud Liban, c'était le cas pour la paix avec la Jordanie.

Reste à espérer que Mahmoud Abbas, contrairement à nos auteurs, saura interpréter les gestes courageux d'Ariel Sharon comme une ouverture et l'assurance qu'Israël, lors de pourparlers pour la paix, ne se contentera pas de bons mots. Ni du côté israélien ni du côté palestinien.