Petite leçon d'histoire - Leadership du PQ de 1985: un rappel du début de la course

La relecture des quotidiens Le Devoir, Le Journal de Québec, La Presse et Le Soleil à propos de la course à la direction du Parti québécois de 1985 située dans le contexte de celle d'aujourd'hui permet un rappel de faits dominants, possiblement analogues ou distincts.

L'information de presse se produit généralement dans un contexte institutionnel qui en colore la nature. En 1985, le Parti québécois forme le gouvernement et non l'opposition officielle. Le premier ministre démissionnaire, René Lévesque, attend l'élection de son successeur pour tirer sa révérence. En janvier, un congrès spécial du parti décida de mettre en veilleuse le thème de la souveraineté lors des élections québécoises du 2 décembre. Aujourd'hui, il y a une situation contraire: la souveraineté sera mise en valeur lors des prochaines élections québécoises.

Une première

Le 29 septembre 1985, pour la première fois dans l'histoire du Québec, un parti politique élira son chef au suffrage universel de ses membres.

Bernard Landry est le premier à faire acte de candidature en tant que «souverainiste et progressiste». Alors que Pierre-Marc Johnson pose le même geste le 5 juillet, jour de son 39e anniversaire. Landry va insister sur «l'économie». Johnson sera le candidat de «la voie concrète et pratique» (La Presse). Gilles Lesage, du Devoir, avait émis l'hypothèse qu'un désaccord existait entre ces deux aspirants à la chefferie: Landry serait prêt à revenir sur la mise en veilleuse de la souveraineté alors que Johnson considérait le débat clos. Mais Landry affaiblit momentanément cette hypothèse en faisant acte de candidature. «Il ne remettra pas en question le virage du PQ», atteste La Presse.

Pauline Marois donne naissance à un garçon. Elle se fait évidemment attendre. Comme Jean Garon d'ailleurs, qui laisse des appuis s'activer en sa faveur sur la scène médiatique tout en s'y manifestant par des déclarations ministérielles en guise de «coucous».

Le grain de sel de Bourassa

Le chef du Parti libéral du Québec, Robert Bourassa, fin politicien, s'introduit dans le discours public de cette course péquiste à la faveur d'une entrevue exclusive avec Pierre O'Neill du Devoir. Il met en garde les candidats-ministres contre l'usage de fonds publics qu'ils pourraient faire en profitant du soutien partisan de leur personnel de bureau ministériel.

Pierre Marc Johnson, également homme politique rusé, va lui servir une réplique détournée: il l'enjoint de veiller à ce que les libéraux n'envahissent pas les rangs du PQ en profitant du mode de scrutin universel retenu pour cette élection.

Un sondage de l'Institut québécois de l'opinion publique (IQOP) commandé par Le Journal de Montréal souligne la popularité de la candidature éventuelle de Marois. «Contre Bourassa, proclame en manchette, le mardi 16 juillet, Le Journal de Québec à la suite de l'IQOP, Pauline Marois aussi forte que Johnson». Le vendredi suivant, les journaux devancent Marois de quelques jours et annoncent sa candidature et celle d'un «pur et dur», Guy Bertrand.

Johnson en tête

Dès le début de cette course, Pierre Marc Johnson, se place au-dessus de la mêlée. Le Devoir rapporte, le 30 juillet, qu'il invite ses collègues à «faire preuve de retenue» dans les promesses que ceux-ci seraient tentés de faire, croyant être élu chef et... premier ministre.

Jean Garon, s'affirmant candidat de la continuité et du changement, considère que le PQ «doit prouver concrètement que la souveraineté est possible sans le séparatisme» (Le Devoir). Johnson, le meneur, déclare son accord avec Garon... «sur le fond» (La Presse).

La veille, Pauline Marois estimait que le pouvoir féminin serait différent de celui des hommes si elle accédait à la tête des affaires de l'État. La résolution qu'elle a prise publiquement de déranger en posant sa candidature fut mise en pratique par une déclaration à propos de l'échec du PQ en matière économique. Bernard Landry la contredit instantanément, grâce à la dynamique de communication publique des quotidiens.

En effet, la ministre-candidate fait sa déclaration le matin du 9 août en inaugurant son comité d'organisation à Montréal. Dans l'après-midi, Bernard Landry est interrogé par les journalistes à ce propos en conférence de presse. La Presse accorde simultanément la plus grande visibilité à cette déclaration et à cette réplique: au bas de la une, avec un article sur Marois accompagné d'un titre référant à un article sur Landry. Elle place ces adversaires de la course en coprésence dans cette page, comme s'ils avaient participé à un débat en un même lieu. Les autres quotidiens feront de même mais dans une page intérieure.

Le Devoir accordera la plus faible visibilité à la réplique de Landry en l'intégrant dans l'article de Pierre O'Neill sur la déclaration de Marois.

Francine Lalonde, ayant fait acte de candidature le 1er août, affirme dans une entrevue exclusive au Soleil rechercher la participation de la base. Alors que Guy Bertrand multiplie les interventions incendiaires à l'endroit du PQ; par exemple, en singeant le chef du PLQ, Robert Bourassa, qui dénonçait l'emploi de fonds publics par les ministres-candidats pour leur campagne. Ce dernier n'est pas ménagé par les caricaturistes de ces quotidiens tels que Chapleau du Devoir et Girard de La Presse. Ils le représentent fréquemment comme un politicien oublié en raison de la grande visibilité momentanée des candidats de cette course, dont le candidat notoire, Pierre-Marc Johnson.

Essoufflement de Landry

Durant le démarrage de cette course, Bernard Landry a multiplié les attaques contre Pierre Marc Johnson, confirmant ainsi la position avantageuse de ce dernier. Il a de plus fait des déclarations ambiguës sur le respect du virage de son parti concernant la mise en veilleuse de l'option de la souveraineté, virage que Gilles Lesage du Devoir avait précédemment évoqué dans un de ses reportages. S'il devient chef, il convoquerait un congrès d'orientation et il rajeunirait l'Option Québec (Le Journal de Québec, les 1er et 8 août).

Le 16 août, la journaliste Ghislaine Rheault du Soleil, faisant preuve de perspicacité, note dans son reportage au sujet de la campagne de Landry qu'«on perçoit déjà un certain essoufflement»; ce qui justifie le journal de titrer: «L'organisation Landry montre des signes d'essoufflement.» Le lendemain, tous les journaux annoncent son retrait de la course au leadership. Au même moment, Pauline Marois nuance ses propos sur le bilan économique du gouvernement du PQ.

Les assemblées régionales du Parti québécois débuteront le 18 août 1985. Les candidats n'auront pas le droit de s'interpeller mutuellement et les auditoires ne pourront pas les interroger directement.