Lettres: Quelle tristesse ! Quel gâchis !

C'est connu. Je suis souverainiste et ma conjointe est haïtienne. Les turbulences entourant la nomination de Michaëlle Jean au poste de gouverneure générale ont fini par me rejoindre. Et depuis, je suis comme envahi par un malaise.

Il est vrai qu'au milieu d'un bel été il n'est pas spontané de se passionner pour le sort de la monarchie au Canada. Déjà que ces deux mots sont un peu chargés pour le souverainiste que je suis. Néanmoins, on nomme quelqu'un de plutôt bien. Cela nous a surpris et réjouis. Surpris parce que nous ne connaissions chez Michaëlle Jean aucun antécédent fédéraliste et monarchiste. Réjouis parce que même si c'est le Canada qui l'exploite pour des motifs politiques, la diversité québécoise s'ennoblit et s'enhardit d'une représentation exceptionnelle, particulièrement au profit d'une de ses importantes composantes, celle issue d'Haïti. Je confiai à ma conjointe que, ne connaissant chez Michaëlle Jean aucun penchant à ne pas respecter la démocratie, sa nomination allait peut-être, le jour où le Québec prendra sa véritable décision d'exister pleinement, avoir l'avantage de le mettre à l'abri d'un zèle intempestif de la part d'une institution obsolète mais encore existante. Mais également, nous n'avons pas pu nous empêcher de nous dire que même si, peut-être, la nommée avait changé d'idée sur l'avenir du Québec, le Canada, lui, aurait d'énormes difficultés à accepter que sa gouverneure générale n'ait pas un passé irréprochable à cet égard. Et nous avons attendu. L'orage a éclaté.

Il s'est trouvé des souverainistes pour faire état des prises de positions souverainistes des personnes nommées, des fédéralistes pour les nier et des concernés condamnés à ne point s'expliquer. Nous avons tous et toutes la vague impression que quelqu'un a piégé quelqu'un d'autre et que le tout s'est déroulé à demi-mot, sans explication de fond. Avec comme résultat, en prime, qu'une partie de la communauté haïtienne se sent prise en otage. Quelle tristesse! Quel gâchis!

Le souverainiste que je suis n'a rien à cirer avec la monarchie canadienne. Qu'on me permette cependant de dénoncer avec force l'utilisation perfide qui en a été faite pour compromettre deux honnêtes personnes qui avec des explications auraient pu amener le Canada à reconnaître pleinement non seulement la diversité culturelle du Québec, mais aussi sa diversité politique. Impossibilité? C'est vrai. Depuis 1982, l'existence du Canada suppose la négation du Québec comme nation.