Bilan du Conseil de la fédération - Le Québec n'est plus libre de ses choix

En 1990, à la suite de l'échec de Meech, Robert Bourassa, un premier ministre fédéraliste, a déclaré à l'Assemblée nationale que le Québec était, dorénavant et pour toujours, libre de ses choix. Le chef de l'opposition de l'époque, Jacques Parizeau, sautant au-dessus des lignes partisanes, s'est alors empressé d'aller lui serrer la main, scellant pour longtemps l'idée que se faisait le Québec de lui-même. Un Québec libre de ses choix.

La dernière réunion des premiers ministres du Québec et des provinces a démontré, jusqu'à l'absurde, que le Québec n'est plus, dans aucun domaine, libre de ses choix. Le Québec recule et non seulement en est-il réduit à quémander sans cesse son propre argent à Ottawa, il doit maintenant supplier les provinces de se joindre à lui.

Il est assez ironique de constater qu'au moment même où Jean Charest clame victoire parce que les provinces ont convenu du bout des lèvres de mettre sur papier le minimum, Ottawa oppose un refus sans équivoque à ses demandes.

D'ailleurs, M. Charest a lui-même affirmé qu'au moyen du déséquilibre fiscal et de son pouvoir de dépenser dans les compétences du Québec, le gouvernement fédéral changeait la Constitution sans y toucher. Cet étranglement financier qui mène le Québec à l'impasse budgétaire a également des conséquences très concrètes sur la vie quotidienne des citoyens québécois. La diminution des services à la population couplée aux hausses des frais de services de garde, des tarifs d'électricité et bientôt, si on se fie aux jeunes libéraux, la hausse des frais de scolarité en témoignent.

Déséquilibre fiscal, déséquilibre social

De même, le gouvernement Charest, en proposant aux travailleuses et aux travailleurs de la fonction publique de choisir entre la couverture de la hausse du coût de la vie et l'équité salariale, se prépare à un choc avec le mouvement syndical. Le déséquilibre fiscal est donc en voie de se transformer en déséquilibre social, risquant ainsi de briser la solidarité québécoise.

Nous savons pourtant, grâce à l'étude du Parti québécois sur les finances d'un Québec souverain, que l'impasse budgétaire actuelle est une conséquence directe des coupures de transfert infligées par Ottawa. Le Québec a les moyens de ses ambitions, mais ces moyens, qui proviennent des impôts des Québécois, sont à Ottawa.

Il existe un très large consensus au Québec à l'effet que l'éducation, du centre de la petite enfance à l'université, est essentielle. L'avenir du Québec, de sa jeunesse, réside tout entier dans l'éducation et la recherche. Or, depuis maintenant dix ans, le Québec est étranglé financièrement par Ottawa, par un déséquilibre fiscal construit de toutes pièces par Paul Martin et Jean Chrétien. Depuis trop longtemps, le Québec est freiné dans son élan, privé de sa liberté de choisir, pour lui-même et les prochaines générations.

Le Canada mise sur le pétrole, le charbon, le nucléaire et le gaz; le Québec mise sur les énergies propres. Le Québec mise sur la réhabilitation des jeunes contrevenants; Ottawa a imposé la répression. Le Québec a choisi de construire un réseau de garderies abordables; Ottawa a imposé une fiscalité taillée sur mesure pour les garderies canadiennes à 25 $ par jour ou plus, privant ainsi le Québec de plus d'un milliard de dollars en six ans. Le Québec mise sur l'accès à l'éducation post-secondaire avec des frais de scolarité abordables, tandis que la fiscalité fédérale va encore dans un sens opposé et prive le Québec de plusieurs centaines de millions de dollars.

Paul Martin promettait l'ouverture au Québec. Il fonce tête première dans les dernières compétences exclusives du Québec: les municipalités, les garderies et maintenant l'éducation. Il ne reste plus aucun domaine épargné par le gouvernement fédéral, qui est partout, qui use et abuse de son énorme capacité financière, de l'argent qu'il tire de la poche des Québécoises et des Québécois.

À l'international

Le dernier épisode de la querelle Ottawa-Québec sur la question de l'adoption internationale et du Vietnam, qui a vu le gouvernement fédéral piétiner la responsabilité québécoise, montre bien que même dans des domaines de sa compétence exclusive, la place du Québec sur la scène internationale est évacuée. Et peu importe pour Ottawa si les premières victimes de ces manoeuvres sont les parents adoptifs. Le Québec ne peut non plus participer pleinement aux discussions cruciales sur la diversité culturelle.

Faut-il rappeler que le Québec souverain n'aurait pas eu à vivre la crise de la vache folle ni celle du bois d'oeuvre? Il devient urgent que le Québec puisse lui-même défendre et promouvoir ses intérêts et ses valeurs sur la scène internationale.

Le Canada se construit inexorablement, poussant chaque jour davantage la centralisation en refusant systématiquement de reconnaître la nation québécoise et sa différence. La volonté des premiers ministres des provinces de développer un partenariat avec Ottawa concernant l'éducation — pourtant une de leurs compétences exclusives — montre bien la direction que prend le Canada.

Nous pouvons comprendre, bien sûr, le désir des Canadiens de se construire un pays selon leurs goûts et leurs intérêts, plus cohérent et plus centralisé, un pays où le gouvernement central décide des grandes orientations et où les provinces les appliquent. Centralisation et déconcentration, voilà le modèle canadien. Le Québec peut le comprendre, mais il ne peut l'accepter. Dans ce contexte, le Canada freine considérablement le Québec, tandis que celui-ci freine la construction canadienne. Nous nous nuisons les uns les autres.

Quinze ans après la déclaration de Robert Bourassa et dix ans après le référendum de 1995, la réalité nous oblige à constater que si le Canada parvient à poursuivre sa construction, le Québec patauge dans les querelles fédéralistes et ne parvient à avancer que très péniblement.

Un choix

Fondamentalement, le Québec est, il est vrai, libre de choisir. Nous pouvons choisir de rester une province enfermée dans l'impasse budgétaire, dans le cadre rigide du fédéralisme canadien, et tenter de reculer le moins possible. Ou bien, nous pouvons choisir de retrouver notre liberté politique et notre marge de manoeuvre financière avec la souveraineté.

Ce choix appartient aux Québécoises et aux Québécois. Il ne s'agit pas de rejeter le Canada, ni de rejeter les Canadiennes et les Canadiens. La souveraineté est un projet positif, qui permet au Québec de progresser sans le frein fédéral. Plutôt que de négocier sans fin avec Ottawa, l'Alberta ou Terre-Neuve sur des questions qui n'appartiennent qu'au Québec, comme l'éducation ou les garderies, le Québec pourra consacrer ses énergies à négocier avec ses voisins et au niveau international.

La souveraineté ne se fera pas par magie ou par la volonté d'un leader politique ou même des seuls partis politiques. Si les Québécoises et les Québécois veulent retrouver la liberté de choisir librement leur avenir, ils doivent le manifester. En cette rentrée 2005, nous invitons tous les Québécois, de toutes les régions, de tous âges et de toutes origines, à se mobiliser, chacun à sa façon et avec ses moyens, pour bâtir enfin un pays à notre mesure. Nous devons dès maintenant construire la plus formidable coalition souverainiste de notre histoire pour faire du Québec un pays libre. Un pays libre de ses choix.