La vraie question: qui ralliera les non-péquistes?

La course à la chefferie du Parti québécois met en lumière le malaise de plus en plus profond de nombreux souverainistes face à leurs représentants. De nombreux sympathisants à la souveraineté du Québec ont été, à l'origine, séduits par René Lévesque et son projet qui, en clair, consiste à faire du Québec une nation à part entière en bâtissant une société en pleine possession de ses leviers de développement et tournée vers l'avenir.

Aujourd'hui, il faut s'interroger sur le laconisme des candidats aspirant à la chefferie sur les questions de fond qui présideront à l'adhésion du plus grand nombre au projet de souveraineté pour le Québec.

Pour ma part, je crois qu'aucun des candidats en lice n'a su, jusqu'à présent, démontrer sa capacité à rallier les non-péquistes à un projet fédérateur et, quoi que les «purs et durs» en disent, il n'y aura pas de souveraineté réussie sans que celle-ci soit jugée pertinente et préférable par un nombre significatif de non-péquistes.

Le PQ n'est pas le Québec et, une fois l'heure de notre séparation sonnée, il y a fort à parier que celui-ci implosera pour refléter la pluralité des opinions politiques et idéologiques de ses membres actuels. Le parti de René Lévesque entretient une image de lui-même et du pays en devenir encore trop idyllique. La souveraineté est, à long terme, préférable au statu quo d'un point de vue économique, social et culturel, mais ne représente que l'étape initiale de changements profonds à opérer pour faire du Québec un modèle envié de tous.

Après le jour 1

Le Parti québécois et son chef doivent avoir le courage d'annoncer la transformation qui suivra le jour 1. François Legault avait jeté les bases de cette réflexion avec son budget virtuel de l'an 1.

Lequel des candidats actuels a osé exprimer ses idées sur ce Québec que nous désirons construire avec une majorité de Québécois encore sceptiques et opposés au projet de souveraineté? Aucun. Lequel des candidats apporte une saveur et un contenu modernes et porteurs au projet? Aucun. Lequel des candidats a osé s'adresser aux minorités en leur apportant une réponse claire à la question «What's in it for us?». Aucun. Lequel des candidats a, jusqu'ici, évoqué une seule des grandes réalités qui devraient légitimer le projet national? Aucun, à ma connaissance.

Les débats sont à venir et il serait souhaitable que les candidats puissent, tour à tour, faire valoir une vision du Québec et non celle d'un parti. Je crois que la majorité silencieuse du Parti québécois s'attend à ce que le leader choisi parle du Québec en des termes non partisans et tende sans attendre la main aux «autres» qui nous aideront à réaliser ce grand projet de société:
- un Québec pluriel, ce qui constitue sa force et son avenir dans un monde en voie de mondialisation;
- une nation au concert des nations, ce qui lui permet de mieux matérialiser ses choix et de définir ses politiques en fonction des intérêts de sa population, dont les caractéristiques culturelles et socioéconomiques sont distinctes des autres régions nord-américaines. Ce rapprochement des forums de décisions internationaux est essentiel pour notre développement;
- un Québec en concurrence avec les autres nations, Canada y compris, ce qui le force à prendre lui-même les décisions qui concourent à le rendre plus compétitif que ses concurrents. Cela renforce l'importance d'être maîtres chez nous;
- un Québec plus éveillé que d'autres aux enjeux environnementaux et aux questions de partage de la richesse à l'échelle internationale. Les élans — tant spontanés qu'orchestrés — vers le mouvement d'altermondialisation en témoignent;
- un Québec incarné dans ses institutions démocratiques d'inspiration britannique, mais soucieux de se réinventer pour être continuellement plus performant;
- un Québec ouvert à toute forme de partenariat, si celui-ci ouvre des voies positives pour lui et sa population. Il est notoire que le Québec est une société ouverte sur le monde, instigatrice du libre-échange nord-américain et constituée d'entreprises qui ont une optique transnationale.

En marge des congrès, des réunions d'exécutifs, des coteries qui s'organisent dans différents camps, nous sommes de nombreux péquistes à attendre que se présente un vrai leader potentiel. Celui ou celle qui saura, en dehors de toutes considérations politiciennes, nous parler comme si nous n'étions pas des péquistes mais des Québécois rassemblera le plus grand nombre, à l'intérieur comme à l'extérieur du parti.