Réinventer la roue...

Jean Charest nous a annoncé récemment qu'il voulait «réinventer le Québec». (Charest rejoue le thème de la réduction de l'État — il faut réinventer le Qubéec, Le Devoir, 12 août 2002)

Habituellement, quand on dit de quelqu'un qu'il cherche à réinventer la roue, ce n'est pas un compliment qu'on lui fait. C'est que cet individu donne l'impression de vouloir tout détruire pour tout recommencer à neuf, sans doute parce qu'il ne sait pas très bien ce qu'il faudrait faire pour faire avancer les choses.

En fait, ce que nous dit Charest c'est qu'il veut avancer en arrière. Pas très emballant comme perspective. Je doute que les gens soient impressionnés par une telle perspective d'avenir. En tout cas j'espère qu'ils ne le seront pas.

Mais ce qui est le plus frappant là-dedans, c'est que Charest parle du Québec sans tenir compte du tout du fait que le Québec fait partie du Canada. Comme si c'était là quelque chose de pas important. Il parle de l'État québécois comme si le Québec était un État complet alors que tout le monde sait très bien que l'État québécois est un État tronqué, comme le disait avec raison René Lévesque. Et la situation est encore pire aujourd'hui qu'elle ne l'était à l'époque de René Lévesque étant donné qu'Ottawa empiète toujours de plus en plus dans les compétences des provinces et donc dans les compétences du Québec.

Charest veut donc, tout comme le petit Dumont d'ailleurs, réduire le rôle de l'État québécois alors que ce qui nous reste comme État rétrécie comme une peau de chagrin. Aussi bien dire que Charest et Dumont cherchent à éliminer tout ce qui nous reste à nous Québécois pour tenter d'orienter l'avenir comme nous le voulons.

Pour que le Québec soit en mesure de faire ce qui est nécessaire à la survie et à l'affirmation de la seule collectivité de langue française en Amérique du Nord, ce n'est pas moins d'État qu'il lui faut mais encore plus d'État.

Plus exactement, ce que Charest et Dumont préconisent ce n'est pas de revoir ou de rénover les acquis de la révolution tranquille mais bien plutôt la démission tranquille devant les tendances centralisatrices canadiennes qui vont, il va de soi, à l'avantage de la majorité canadian.

À mes yeux à moi, Charest et Dumont sont complètement déconnectés de la réalité québécois. Ils en sont complètement étrangers. Pas étonnant alors qu'ils ne se soucient en rien de la faire vivre pleinement.