Libre opinion: Conflit à l'OSM, une impasse totale

Chers amis de l'OSM. Comme vous le savez, le syndicat des musiciens de l'Orchestre symphonique de Montréal a déclenché la grève le 9 mai dernier. Après 11 séances de négociations en juin et en juillet, le médiateur nommé par le ministère du Travail du Québec a jugé opportun de suspendre la médiation le jeudi 28 juillet, compte tenu de l'écart important qui sépare les parties.

Nous sommes d'autant plus déçus de la situation que le syndicat ne reconnaît toujours pas l'importance de créer des conditions propices à la reprise des tournées et des enregistrements de l'Orchestre et d'adopter des mesures visant à permettre plus de flexibilité lors des prestations locales, de manière à mieux répondre aux besoins et aux attentes de notre clientèle. Les changements demandés par la direction ne visent qu'à assurer la qualité artistique de l'OSM, tout en stabilisant les coûts d'exploitation, et ce, dans le respect des conditions de travail des musiciens.

Loin de la réalité

Les demandes pécuniaires du syndicat sont évidemment un vif sujet d'inquiétude puisqu'elles nous placent dans une situation d'impasse totale. C'est le sentiment que fait naître chez nous le gouffre qui s'ouvre entre les exigences du syndicat et les données de la réalité à laquelle l'OSM doit faire face. L'acceptation des demandes syndicales entraînerait en effet d'ici à 2008 une augmentation de 85 % de la masse salariale des musiciens, dont 48 % pour les seuls cachets de base, ce qui excède absolument les moyens financiers de l'Orchestre.

La réalité du marché de Montréal ne soutenant aucune comparaison avec celles de New York ou Toronto, l'OSM est contraint de proposer à ses musiciens des hausses salariales à la mesure de sa propre capacité de payer. Nous avons ainsi offert une hausse de 8 % sur cinq ans, ainsi que des montants forfaitaires pour les années 2003-2004 et 2004-2005. Rappelons que la rémunération annuelle moyenne des musiciens est actuellement de 75 000 $ pour 46 semaines de travail de 20 heures, incluant six semaines de vacances, c'est-à-dire 40 semaines effectivement travaillées. Si nous devions agréer aux demandes syndicales, nous placerions l'Orchestre dans une grave crise financière, mettant même en péril son existence.

Sur le plan normatif, l'OSM demande à ses musiciens les aménagements qui sont nécessaires pour permettre à l'Orchestre de reconquérir sa place sur la scène internationale. Parmi les assouplissements qui s'imposent, mentionnons la capacité de réaliser dorénavant les enregistrements de l'Orchestre au cours des 20 heures de travail par semaine prévues dans la convention collective. Le syndicat s'y oppose, exigeant plutôt que les musiciens continuent d'être payés en sus de leur rémunération habituelle.

Or, il est bien connu que, en raison de la crise mondiale qui sévit dans cette industrie, les maisons de disques ont cessé de verser quelque rémunération que ce soit aux musiciens d'orchestres pour les séances d'enregistrement auxquelles ils participent. Si l'OSM veut maintenir sa renommée internationale en reprenant ses enregistrements de disques, il doit donc recourir à un autre mode de rémunération.

Malheureusement, le syndicat a rejeté la proposition de la direction prévoyant qu'en lieu et place de l'ancien régime, le cachet de base des musiciens soit augmenté de 25 % pour les enregistrements et qu'ils bénéficient d'un partage des revenus qui en résulteraient. Quand on sait l'importance des enregistrements pour la renommée d'un orchestre, la position du syndicat nous apparaît totalement incompréhensible.

Le syndicat cherche également à maintenir la clause obligeant l'Orchestre à rémunérer les musiciens en heures supplémentaires pour la période d'applaudissement à la fin des concerts, lorsque les manifestations d'appréciation des mélomanes s'étalent au-delà de la durée des services. Parallèlement, il refuse de déplacer les périodes de pause lors des répétitions des oeuvres symphoniques dont la durée dépasse 90 minutes, empêchant que ces dernières puissent être répétées dans leur totalité de façon continue. (...)

Avenir en jeu

Cette négociation est primordiale pour l'avenir de l'OSM, car il est essentiel de le pourvoir d'un cadre de relations de travail qui l'habilitera à reconquérir sa place de choix sur la scène internationale. C'est pourquoi, depuis près de deux ans, la direction de l'OSM n'a ménagé aucun effort pour conclure une entente avec le syndicat des musiciens. Plus de 58 séances de négociations ont eu lieu au cours de cette période. C'est la direction qui a demandé l'intervention d'un médiateur.

Quant aux 11 postes de musiciens actuellement vacants, la plupart d'entre eux se sont libérés au cours des quatre dernières années pour des raisons personnelles (retraite ou changement de carrière). L'administration a bon espoir de les pourvoir. Par exemple, pour le seul poste vacant de contrebasse solo, près d'une centaine de musiciens d'Amérique du Nord, d'Europe et d'Asie ont manifesté leur intérêt de se présenter à des auditions prochaines. En l'absence d'un directeur musical au cours des trois dernières années, l'administration ne pouvait tenir les séances d'audition nécessaires pour pourvoir ces postes.

Avec l'appui unanime que nous a renouvelé le conseil d'administration lors de sa rencontre du lundi 1er août dernier, nous allons continuer de faire le maximum pour en arriver à une entente dans le meilleur intérêt de l'OSM, de ses clients, de ses donateurs, de ses commanditaires et de ses musiciens. (...)