Un rôle à définir

Décidément, la nomination de la journaliste Michaëlle Jean à titre de gouverneure générale du Canada ne laisse personne indifférent. On pourrait presque parler de la nomination de Michaëlle Jean et de son conjoint, le cinéaste Jean-Daniel Lafond, tant le débat qui fait rage actuellement place ce dernier sur la sellette.

Si la légitimité d'un poste comme celui de gouverneur général est déjà remise en question depuis longtemps, qu'en est-il du rôle joué par la personne qui partage sa vie? Est-ce un individu ou un couple que l'on nomme, alors que les références au «couple vice-royal» se font de plus en plus nombreuses?

D'un point de vue formel, il semblerait que les responsabilités ou privilèges dévolus aux conjoints des gouverneurs généraux ne soient pas précisés, à l'exception de deux éléments. Outre le fait de résider à Rideau Hall, ils se voient octroyer le titre de «compagnons» de l'Ordre du Canada, la plus haute récompense du Régime canadien de distinctions honorifiques. Ce titre souligne la qualité de leur oeuvre et leur contribution exceptionnelle à la nation canadienne et au bien de l'humanité, précise le site Internet officiel de la gouverneure générale (www.gg.ca/menu_f.asp).

Chacun sa manière

Un petit retour dans le passé nous apprend que l'implication des conjoints s'est réalisée de manière variable. Certains ont participé en arrière-plan, tel que Maurice Sauvé durant le mandat de son épouse, Jeanne Sauvé (de 1984 à 1990). Au cours de cette période, il a poursuivi ses occupations professionnelles tout en participant à de nombreuses activités culturelles canadiennes.

De son côté, l'épouse de l'ancien gouverneur général Ray Hnatyshyn (de 1990 à 1995), Gerda, cosigne avec lui en 1994 un livre intitulé Rideau Hall - Témoin vivant de notre histoire; une partie des profits vise à renflouer le fonds de la collection d'oeuvres d'arts et de mobilier à la résidence officielle.

Le conjoint de l'actuelle gouverneure générale, Adrienne Clarkson, l'essayiste et romancier John Ralston Saul, a quant à lui choisi de partager de larges pans de la vie publique de son épouse. Dans le bandeau qui surplombe le site officiel de celle-ci, voici les deux premiers icones sur lesquels nous sommes invités à cliquer: «Gouverneure générale», et «John Ralston Saul», qui deviendra, pour ceux qui auront accédé à sa page, «Son Excellence John Ralston Saul».

L'implication la plus significative revient sans aucun doute à Gabrielle Léger, épouse de Jules Léger, gouverneur général du Canada de 1974 à 1979. À peine six mois après sa nomination, M. Léger fut victime d'un accident cérébro-vasculaire. Lors de sa convalescence, Mme Léger remplaça son mari dans diverses tâches, notamment en lisant une partie du discours du Trône. L'importance de sa contribution a fait d'elle la première épouse d'un gouverneur général à figurer, à ses côtés, sur le portrait ornant les murs du salon de réception de Rideau Hall.

L'importance démesurée que l'on accorde ces jours-ci au passé politique de Jean-Daniel Lafond vient redoubler le malaise déjà existant autour de la légitimité du poste de gouverneur général. La controverse actuelle entourant le conjoint de la personne désignée met plutôt en évidence les difficultés liées à la persistance d'une institution pré-moderne dans le cadre d'une société démocratique. Une société qui, par ailleurs, s'est engagée dans un processus visant à réformer ses institutions démocratiques, du mode de scrutin jusqu'à la nomination des juges de la Cour suprême. Visiblement, le poste de gouverneur général semble encore échapper à cette volonté de réforme.