Lettres: Autant mettre son drapeau en berne

Bouffi d'une suffisance et d'une prétention qui ne leurrent personne, échafaudant des théories de complots machiavéliques par des associations abusives et hâtives aussi tirées par les cheveux que contingentes et anecdotiques, René Boulanger dévoile «la vérité» sur les dangereuses fréquentations du conjoint de la future gouvernante générale: trois pelés et deux tondus, croulants du siècle dernier, terroristes et extrémistes dont seules les boîtes aux lettres (outre les dignes familles de Pierre Laporte et de James Cross) gardent le souvenir de la volonté de puissance exacerbée, leur volonté tout ce qu'il y a de plus adolescent de s'inscrire dans l'histoire en marche, afin qu'adviennent (que pourra) d'évanescents idéaux post-néo-marxiens, lendemains qui chantent Gens du Pays!

Que Jean-Daniel Lafond soit un felquiste d'honneur, un guérillero en puissance, un membre honoris causa de la secte des paramilitaires d'extrême gauche québécois, grand bien nous fasse; un homme intelligent parmi une telle engeance saura rehausser le niveau intellectuel de ces agélastes devenus de parfaits parvenus encroûtés et radoteurs. Que l'indépendance du Québec soit une bonne chose, une chose désirable, même, une option légitime qui me séduit et combien d'autres, soit. Là n'est pas la question. Que Paul Martin et son Parti libéral tentent par la désignation de Michaëlle Jean à la tête de l'État canadien de nous en passer une petite vite, et de diviser encore davantage les Québécois, je n'en doute pas une seconde. Là n'est pas la question.

Car René Boulanger, l'agité du bocal, malgré toutes les justifications qu'il peut égrener dans son for intérieur de comploteur à deux balles, en tentant vainement de salir Michaëlle Jean ne peut que nous convaincre d'une chose: si c'est comme ça qu'on fait l'indépendance «dans le Québec moderne», autant mettre tout de suite son «drapeau en berne».