Libre opinion: String à l'école: le mauvais objectif et le mauvais moyen

Pour les gens du milieu de l'éducation, ce sujet n'est pas nouveau, mais il nous oblige à devoir régulièrement mettre les choses en perspectives. À la Commission scolaire de Montréal, nous croyons malheureusement que la proposition mise de l'avant constitue le mauvais moyen pour atteindre le mauvais objectif.

Notre incapacité collective à trouver des solutions aux maux qui affectent notre société nous amène parfois à nous concentrer sur des problèmes périphériques; c'est le cas de la tenue vestimentaire à l'école ou le port de l'uniforme qui revient périodiquement dans l'actualité.

Se respecter d'abord

L'objectif, fort louable, des tenants de la proscription est de ne plus soumettre les jeunes filles préadolescentes au regard concupiscent des hommes matures. Nous croyons cependant que le véritable objectif devrait plutôt être d'amener les jeunes, filles et garçons, à se respecter eux-mêmes pour être mieux en mesure de se faire respecter par les autres. Particulièrement dans les grandes villes comme Montréal où se côtoient des moeurs, des habitudes, des croyances et des traditions, toutes plus différentes les unes que les autres.

Nous le savons, le chemin le plus rapide c'est l'interdiction; le plus efficace, c'est la persuasion et la sensibilisation. Quoi qu'on puisse en penser, l'interdiction des strings, pantalons à taille basse et autres gilets «bedaine» ne favorise aucunement cette prise de conscience que l'on souhaite voir acquérir par les jeunes quant à leur pouvoir de séduction.

La préparation des jeunes à une vie sexuelle et amoureuse saine ne passe pas par la prohibition, toutes les études à ce sujet le démontrent assez clairement. Il ne faut cependant pas sous-estimer le problème que constitue l'«hypersexualisation» du corps des jeunes filles.

Inspirées par les modèles projetés par la télévision, les magazines et les chanteuses pop, les jeunes filles, souvent dès l'âge de huit ou neuf ans, adoptent des comportements et des styles vestimentaires appartenant à leurs aînées, avec pour conséquences que leur apparence suggère un épanouissement sexuel qui est inexistant dans les faits.

Rappelons-nous cependant que la plupart d'entre nous avons connu (ou affiché) les modes antérieures qui laissaient voir des bouts de peau sans que cela n'affecte en rien notre estime de soi et notre développement sexuel.

Le rôle des conseils d'établissement

L'école est souvent le premier espace public que les jeunes sont appelés à fréquenter de façon assidue. Il nous appartient, à nous du milieu de l'éducation, de leur rappeler que ces espaces, pour être propices à l'épanouissement personnel des jeunes (incluant leur apprentissage de la vie sexuelle) doivent répondre à des notions de bien commun, mais aussi d'ouverture, de tolérance et de respect de soi-même.

Pour ce faire, les conseils d'établissements des écoles primaires et secondaires du Québec ont toute la latitude nécessaire pour réglementer la fréquentation de cet espace, en tenant compte de la sensibilité particulière et du niveau de tolérance de chacun des milieux. Le gouvernement serait bien mal venu d'imposer une façon de faire uniforme partout au Québec.

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